Where is LA? - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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La Californie est le décor de nos collections printemps-été 2014. Nous avons donc demandé à des locaux inspirants de nous faire partager leurs visions de cet état où Carol et Humberto ont grandi. Dorothée Perret, éditrice et rédactrice-en-chef française, vit à Los Angeles, en Californie. En 2008, elle crée la maison d'édition indépendante DoPe Press avec la naissance du magazine PARIS, LA. Issue du monde de la mode et en étroite relation avec les artistes, DoPe Press encourage l’expression de fortes personnalités qui exercent une influence subtile sur la culture contemporaine. Elle nous livre sa version très personnelle de Los Angeles et de son lifestyle...

 

 

 

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"Le week-end dernier, c’est au Geffen Contemporary au MOCA que le tout L.A. artistique s’était donné rendez-vous pour la foire Printed Matter LA Art Book. Gratuite et ouverte au public, la foire a attiré environ 25 000 visiteurs, curieux de découvrir des livres d’artistes, des catalogues d’art, des monographies, des périodiques et des magazines présentés par plus de 250 éditeurs internationaux indépendants. Les prix allaient de quelques dollars à plusieurs milliers, et les affaires allaient bon train. J’étais fière de faire partie de cet événement exceptionnel grâce à ma maison d’édition - DoPe Press - et de voir se renouveler l’intérêt pour les livres et les magazines imprimés. Cette manifestation était portée par une énergie positive et un formidable sens de la communauté. Tous les quartiers de L.A. étaient représentés : des skateurs de Fairfax, des it-girls d’Hollywood, des hippies d’Echo Park, des garçons aux cheveux décolorés de Malibu. Tous ont joué des coudes pendant trois jours, dévorant et échangeant des livres, de l’art, et de la culture contemporaine.

 

Cette foire incarne cet esprit californien et cette attitude libre et authentique que les gens adoptent sur la côte Ouest. Un véritable creuset, où l’Amérique du Nord effleure celle du Sud, où l’Ouest  rencontre l’Asie.


Selon ma propre expérience, c’est là l’essence de L.A. actuellement. 

Le magazine que j’ai lancé il y a quelques années, Paris, LA, a toujours existé entre ces deux villes, et beaucoup de mes contributeurs réguliers, du photographe Todd Cole aux artistes Brendan Fowler et Catherine Opie, symbolisent de manière totalement unique et différente la scène artistique de la ville, qui est paradoxalement à la fois décontractée et pleine d’une énergie innovante. De temps en temps, ma sensibilité parisienne prend le dessus et la densité urbaine du Marais me manque mais L.A. m’a appris que la proximité ne se traduit pas forcément par un regain de dynamisme. Dans un L.A. parfois désert aux distances gigantesques, les sensations sont comme un incendie, elles sont portées par le vent, elles se propagent de la montagne jusqu’à la mer. À L.A., les étincelles volent.


Mais même le soleil étincelant de Los Angeles ne pourra jamais éclipser l’aura sombre de mystère, d’intrigue et de glamour qui est le cœur secret et enfoui de cette métropole. Le soleil le plus éclatant crée les ombres les plus lugubres… Derrière une porte anonyme au bout d’un parking de West Hollywood est dissimulé un fragment opulent de la Vieille Europe dans tout ce qu’elle peut avoir de pervers, de décadent, et de sophistiqué. Le Chalet Society, un cercle exclusif accessible sur invitation uniquement, organisé par l’artiste Piero Giolia, semble exister hors du temps et de l’espace, un salon d’artiste tout en chêne massif et en velours rouge. La conversation est ponctuée par la musique d’une pianiste élégante, qui joue doucement dans une pièce à part, le dos tournée à l’auditoire, un détail qui ne détonnerait pas dans un film de David Lynch. Bien que le décor porte des traces décadentes et évidentes de Naples, le lieu de naissance de Giolia, on a néanmoins le sentiment d’être nulle part : c’est une expérience qui ne peut être vécue qu’à Los Angeles.  

 

En plus d’une scène artistique en plein essor, L.A. offre une perspective incroyable sur la mode. Les rues sont remplies de gamins avec des styles incroyables, qui portent des tatouages que l’on ne peut voir nulle part ailleurs. Cela a un côté rafraichissant de voir des gens qui s’habillent suivant leur propre goût ou leurs envies, et pas selon les pages des magazines branchés. À Los Angeles, le paysage est tellement écrasant que de nouvelles opportunités s’ouvrent à vous. C’est aussi ça l’Amérique, le pays de la liberté individuelle, donc personne ne juge la façon dont vous vous habillez, ce qui permet de donner libre cours à toutes sortes de fantaisies, d’excentricités. Ce sentiment de différence ne se ressent pas uniquement  dans la façon dont on s’habille. C’est une attitude, un lifestyle. C’est la façon dont on se nourrit, dont on construit sa maison, l’éducation que l’on choisit pour ses enfants.


En Californie, vous pouvez explorer votre individualité comme bon vous semble. Les gens n’ont pas besoin du consentement des autres, seulement du leur. Surtout, ce n’est pas un endroit à la mode, mais une terre qui vous inspire à rêver une vie. Et comme dans un miroir, on ne voit qu’un simple reflet".