NAOSHIMA

Située au nord de Shikoku, au Japon, et perdue parmi les centaines d’îles de l’archipel japonais, l’île de Naoshima s’est transformée depuis la fin des années 1980 en petit paradis d’art moderne peu médiatisé. Il nous a fallu prendre quatre trains, un bus et un ferry pour rallier depuis Tokyo un Naoshima enveloppé dans la brume en un tout petit peu moins de sept heures, juste à temps pour profiter du coucher de soleil depuis notre chambre du Benesse House. Le complexe du Benesse House est un délicieux mélange d’hôtel, de musée d’art moderne, de musée d’architecture et de parc en bord de mer. Les trois musées qui le composent abritent un grand nombre d’œuvres exceptionnelles, signées d’artistes de renom comme Jasper Johns, David Hockney, Robert Rauschenberg, Donald Judd, ou Gerhard Richter. Quant au musée dédié à l’artiste Lee Ufan, il vaudrait à lui seul le voyage de Paris à Naoshima. Mais les pièces les plus étonnantes restent peut-être les sculptures et œuvres d’art qui sont exposées en plein air sur l’île, comme cette gigantesque citrouille striée de pois de Yayoi Kusama sur le ponton, dans la baie, ou la photographie paysagère d’Hiroshi Sugimo délicatement accrochée sur une des falaises de l’île, qui ajoutent à l’ésotérisme tranquille et au mystère de cette île magique.

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Le large complexe du Benesse House réunit, en plus du Benesse House museum et du musée Lee Ufan, le Chichu Art Museum, construit sous terre par l’architecte Tadao Ando et conçu pour ne pas perturber le paysage. Ce dernier musée abrite une salle souterraine étonnante, imaginée pour accueillir les Nymphéas de Claude Monet. Seule source d’éclairage, la lumière naturelle s’y infiltre par un trou discret pratiqué dans le plafond et vient se refléter sur les murs d’un blanc immaculé et sur le sol en pierre blanche, pour permettre au visiteur d’admirer les immenses peintures de Monet. Walter De Maria a transformé une des autres salles en lieu d’expression artistique étonnamment géométrique : une sphère en granit géante y occupe le milieu d’un escalier monumental, lui-même entouré de colonnes de bois dorées et éclairé une fois encore exclusivement par la lumière naturelle provenant du plafond. Trois installations de James Turrell, explorations interactives à la fois ludiques et indescriptiblement troublantes de la lumière, trouvent également leur place dans ce musée.

 

Le bourg de Naoshima se situe non loin du complexe, à quelques minutes en bus ou en vélo. On y trouve de nombreuses maisons japonaises traditionnelles, des temples et des sanctuaires shinto demeurés intacts depuis des siècles ou restaurés dans le style de l’époque d’Edo. Fidèles à l’esprit de Naoshima, certains de ces anciens bâtiments ont été transformés pour devenir de petits lieux de création artistique à part entière, dans le cadre de l’Art House Project de Naoshima qui mêle espaces artistiques et sites  historiques et culturels japonais. C’est ainsi que l’on trouve dans certaines maisons des œuvres d’artistes aussi célèbres que James Turrell, Tatsuo Miyajima et Yoshihiro Suda, souvent créées à même la maison comme si elles étaient là depuis toujours, et entourées de tatamis traditionnels ou de vielles baignoires en bois.

 


 

Notre séjour de décembre ne prévoyait qu’une seule nuit à Naoshima. C’est donc au pas de course que nous avons dû visiter l’île, alors qu’on voudrait y passer des jours et des jours pour s’imprégner du paysage, des œuvres d’art et de la magie du Japon ancien qui s’en dégagent. En retournant au ferry, nous avons toutefois trouvé 45 minutes pour nous arrêter au bain public rebaptisé "I♥湯" [I love Yu, littéralement j’aime l’eau chaude], après une promenade dans la ville pour découvrir l’Art House Project. Du bain aux toilettes en passant par le carrelage, tout dans cet établissement a été conçu par l’artiste Shinro Ohtake. Le lieu offre encore un autre point de vue sur l’art de Naoshima, et témoigne une nouvelle fois de la manière ingénieuse dont sont mêlés de façon homogène l’univers de l’art moderne, ceux du Japon ancien et du Japon moderne sur cette île paisible et minuscule d’à peine dix kilomètres carrés, perdue dans l’archipel de la Mer Intérieure.

It's Hiroshi Sugimo's "Time Exposed", a photograph hung on the side of the cliff!

Humberto inside of Shinro Ohtake's "Shipyard Works: Stern with Hole".

The view from the hilltop.

Heading from the shrine into town.

At the sento bathhouse "I♥湯".

The bathhouse even has a builtin greenhouse!

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