BOOK CORNER #24: MARFA JOURNAL - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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On peut se demander quel est le statut du dessin ou de la peinture, comme pratiques, mais aussi comme objets, quand l’essentiel des images que nous voyons sont photographiques et dématérialisées. C’est à cette étrange expérience que nous invite l’artiste Elizabeth Peyton, augmentant notre trouble puisqu’elle se plait à choisir ses sujets dans l’actualité princière, du sport ou de la pop.

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Du coup, un Jarvis Cocker ou Sid Vicious dessinés renvoient à une certaine intimité, celle du temps de la pose, celle du même espace partagé entre qui tient le crayon et le modèle. Peyton nous montre ainsi des personnes que nous ne voyons sinon que comme des images, de télé, d’Internet ou de tabloïds. Mais il y a aussi Napoléon, Elisabeth ou Charles, qui eux aussi deviennent des humains sous le pinceau de l’artiste. Ce livre, qui rassemble près de 200 œuvres choisies par Peyton, est encore un étrange chassé croisé entre photographie et peinture, rejouant les cadrages de l’un dans la pratique de l’autre.

 

"Elizabeth Peyton", 2005, 264 p. Ed. Rizzoli.
Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

Si la publicité grand public peut être agaçante dans son injonction obsessionnelle à la consommation, elle n’en demeure pas moins le témoin d’une époque, de ses clichés, de son vocabulaire et de son style – raison pour laquelle des musées s’y intéressent aujourd’hui. Ad/Art, qui rassemble les images publicitaires de Cheyco Leidmann, fait ainsi office de voyage dans le temps, non que les années 80 soient si éloignées, mais on y mesure que la vitesse du style est supérieure à toutes les autres. 

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Images multicolores, univers fantastico-cinématographique, objets aujourd’hui interdits (cigarettes et ses dérivés), mannequins irréels… l’imagerie publicitaire des eighties reste un objet à part, figurant du rêve et stylisant le réel. On mesure aussi à quel point les productions bénéficiaient de budgets confortables et la retouche était un métier naissant. Et si le nom du photographe ne dit presque plus rien aujourd’hui, c’est qu’on pouvait être une star, hier, quand on travaillait dans la publicité.

"Ad/Art", Cheyco Leidmann, 1983, 132 p. Ed. Love me tender.
Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

L’artiste John Baldessari se méfie des images. S’il les déjoue souvent, son œil ne peut s’empêcher de regarder et parfois de construire une pseudo réalité. Tout a certainement commencé à l’apéritif, avec une bière et des chips.  irregular shapes that offer obvious comparisons to human features. 

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Leur forme ronde, ondulée, irrégulière… les analogies avec le vivant sont nombreuses. Et Baldessari y décèle des visages cachés, des yeux clos ou des pommettes saillantes. Résultat : il propose une galerie de portraits, de célébrités qu’on peine à reconnaître ou plutôt à découvrir sous les ombres et transparences d’une chips. Revenons à l’apéritif : le chemin, inventif et subtil, qu’on peut emprunter à partir d’une tranche de pomme de terre grillée est séduisant et à la fois une blague. C’est ce qui nous fascine dans l’art, un léger twist et la poésie affleure. Et Baldessari d’emballer le tout avec une pointe d’humour en précisant en couverture que ses chips sont « guaranteed fresh ».

Miracle chips, John Baldessari, 2009, 96 p. Ed. Little Steidl, Gottingen.

Kenzo, 27, place de la Madeleine, Paris.

Dès lors que les années 90 commencent à être digérées comme vintage, il est tentant de regarder un peu plus loin dans le rétroviseur, jusqu’au punk par exemple. Ce livre recueil de Julie Davis en offre le prétexte : il présente une vingtaine de groupes punk (Ramones, Buzzcoks, Damned…), à travers des chroniques de concerts et quelques interviews. 

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Mais ce ne sont pas tant les ingrédients qui nous intéressent que la manière de les accommoder. L’esthétique est celle du fanzine (machine à écrire, titres à la règle à lettres, corrections manuscrites…) les images sont en noir et blanc et spontanées et le ton est à la limite de l’oral. Ce n’est pas une pose ou un style, mais l’écho de cette musique, généreuse et accessible, dans laquelle la performance vaut autant que l’harmonie. Ce qui a changé ? A la fin des années 70, ce qu’on nomme le style se définissait d’abord à travers une musique (punk, ska puis new wave, etc.), ses idées, son énergie et, bien sûr, des vêtements et une attitude. Aujourd’hui, le style est souvent déconnecté de tout contenu et on regarde les années 70 comme la fin de la préhistoire.

 


 

"Punk", Julie Davis, 1977, 96 p. Ed. Davison publishing, London.
Kenzo, 27, place de la Madeleine, Paris.

Un autre livre consacré à Marilyn ? Oui, un autre… Celui-ci frappe par l’humilité de son format (23 x 23 cm) et la fragilité de l’image de couverture, un peu floue et granuleuse. Le livre reprend 45 images, extraites d’un film Super8 réalisé en 1955 par un jeune fan de 14 ans, Peter Mangone, qui attendait Marylin à la sortie de son hôtel. 

 

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Loin de l’esprit paparazzi, le jeune homme l’accompagne le temps d’une après-midi normale, qui laissera la spontanéité de l’actrice se glisser dans chaque image ainsi que sa bonne humeur dès qu’une caméra est enclenchée. Le grain des images cristallise le côté précieux de ce moment comme un autre, mais d’une (vraie) star de cinéma. La fascination opère aussi car, en contrepoint des films hollywoodiens écrits et parfois surjoués, Marylin apparaît ici sans détour, comme dans une vidéo qu’on filmerait aujourd’hui avec notre smartphone. Sauf que nous ne sommes plus jamais spontanés dès qu’une machine est dans les parages…

 

 

 

"Marilyn Monroe NYC, 1955", Peter Mangone, 2012, 54 p. Ed. Danziger gallery, New York.
Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

 

On a parfois l’impression que nous vivons dans un présent permanent, dans lequel chaque moment ne serait que le prélude du suivant, sans autre forme de mémoire. Ce serait sans compter avec le vintage, qui, comme un métronome, annonce le nouveau old-cool. C’est maintenant au tour des années 90, en témoigne ce nouveau magazine, The Profile, qui revendique une « strong 90’s aesthetic ». 

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Plus proche du livre que du magazine (couverture toilée, grand format et carte de visite glissée en page 2…) The Profile est une succession de présentations de professionnels (portfolio et interviews) œuvrant dans la mode, l’art, l’image ou la nuit. Becky Baik, sa fondatrice, est styliste et a longtemps collaboré au Elle Corée, ce qui explique les nombreux contributeurs asiatiques, apportant une touche plus raffinée. Et si The Profile « fonctionne », c’est qu’on a réellement l’impression d’un magazine d’un autre temps en le refermant…

 

 

The Profile, n°1, 2013, 164 p.
Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

Cela fait bien trois décennies que la mode revisite le passé avec une certaine application. Les périodes particulièrement remises à l’honneur vont des 50’s aux 80’s ; mais avant ? 

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Ce livre compilation vient opportunément passer en revue la mode des années 1900 à 1940. Si l’accent est mis sur les produits, les looks et les attitudes transparaissent et, comme au cinéma, le voyage dans le temps opère. Le sur-mesure étant alors très répandu, on vend des matières premières, au premier rang desquelles les étoffes. On voit aussi la représentation évoluer : les catalogues et publicités se sophistiquent et le livre se transforme en cours de graphisme appliqué. Une dernière chose frappe : l’absence de photos, laissant la place à l’illustration et donc à une construction idéalisée de l’homme et de la femme modèles.

 

 

00’s-40’s, Vintage fashion, 2011, 304 p. Ed. Monomagazine
Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

Viz

Au début des années 80, avant la déferlante des Macintosh (oui, on disait comme ça…), la presse se défait des carcans et toutes les initiatives sont envisagées. Ainsi Viz (pour The Visual Arts & Fashion), voit le jour à Londres. 

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Il a le format d’un vinyl, est en noir et blanc sauf la couverture et sa maquette de fanzine chic, traduit déjà l’énergie qu’il recèle. La mode, l’art, la pub, la musique… tout ce qui peut produire une image intéresse Viz. On y trouve des textes longs au ton spontané, des illustrations très BD, des pubs d’époque qui valent le détour – surtout pour la mode, qui n’a que récemment évalué l’enjeu que cela représentait. Quelques pages people, ou plutôt b to b, s’invitent même en fin de magazine, ce qui fait de Viz l’un des précurseurs de la presse de style telle que nous la connaissons aujourd’hui.

 

 

Viz, n° 9, 1980, 52 p.

Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

On associe souvent le fait de regarder le ciel à la rêverie et à l’oisiveté, mais pour Andreas Züst, c’est une activité méthodique et poétique. Monsieur Züst est un collectionneur suisse, un artiste mais aussi un scientifique. Il a documenté le ciel, des années 1970 à 2000, souvent en Suisse, en précisant le lieu et l’orientation, en quelque 1 200 diapos. Il en a réuni 81 dans un carrousel Kodak, qu’il projetait dans des centres d’art, accompagnés d’un commentaire qui n’était jamais scientifique. Que saisissait Züst ? La pleine lune sur un paysage enneigé, des spectres de lumière, le crépuscule et les lumières éphémères qu’il donne à voir, des nuages, des halos, des étoiles, des éclairs, des guirlandes de lumières urbaines, des arcs en ciel… en somme, des phénomènes optiques et météorologiques. On plonge dans ce livre consacré à une des choses qui nous est le plus familière, pour ne pas le lâcher, tant la variété des situations est étonnante. Et on se prend à scruter le ciel différemment…

 

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"Himmel", Andreas Züst, 2011, 352 p. Ed. Patrick Frey.

Kenzo, 60, rue de Rennes, Paris.

Pour un artiste, un espace peut prendre différentes formes : le white cube d’une galerie, une étendue naturelle ou encore les pages d’un journal. Quelques artistes ont donc investi ces 300 pages imprimées, conçues comme une déambulation en terrain inconnu : collages, snapshots, interviews… 

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Il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour trouver quelques repères, qui sont clairement ceux de l’art et non de la presse. D’ailleurs, avoir choisi Marfa pour titre résume bien le projet : un non lieu de 2 000 habitants que personne n’ignore dans l’art contemporain, tant il a été nourri de propositions amenées ponctuellement. Beaucoup de première personne, de sincérité et de voyages dans ce premier numéro. Quelques noms glanés : Jeffrey Deitch, Tim Barber, Lindsay Lohan et un clin d’œil au Toilet Paper magazine de Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari, dont Marfa semble être un cousin pas si éloigné.

 

 

Marfa Journal, n° 1, 2013, 300 p.
Kenzo, 27, place de la Madeleine, Paris