Hyères 2014: Tête à tête avec Jean-Pierre Blanc - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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KENZINE a eu le plaisir de s'entretenir avec Jean-Pierre Blanc, le charismatique directeur et fondateur du Festival International de Mode et de Photographie d'Hyères, qui s'est achevé hier soir après sa 29e édition.

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KENZINE : Vous avez commencé le festival il y a presque 30 ans : comment l’avez-vous commencé et pourquoi ?


Jean-Pierre Blanc : Il y a plusieurs raisons, la première peut-être c’est la ville : j’avais envie de faire découvrir Hyères aux gens. La seconde c’est qu’il y avait un festival du jeune cinéma très international et incroyable qui s’est déroulé à Hyères pendant 20 ans et puis qui s’est arrêté. Inconsciemment, je pense que j’avais envie de prolonger ce moment dans lequel j’ai grandi. Après, il y eut cette découverte de la mode au travers des magazines dans les années 1980 avec l'émergence des créateurs stars. Ça faisait envie parce qu’on en parlait beaucoup, il y avait ce côté glamour, festif, parisien et il se trouve qu’à l’époque j’avais 20 ans et que je faisais des études de commerce. J’avais parmi mes amis de jeunes créateurs pour lesquels c’était compliqué. Du coup, j’ai voulu les aider en créant un moment de rencontre professionnel entre ces jeunes qui sortent de l’école  et des gens du milieu, plus établis. Le festival a commencé de cette façon. Il a bien fonctionné la première année et tout s’est enchaîné par la suite de façon très rapide.


K : Pour vous c’est important d’avoir une chance de faire ces rencontres en dehors de Paris, hors de New-York ou de Londres, des villes déjà établies dans ces milieux de la mode et de la photographie ?


J-P. B. : Tout à fait et d’ailleurs je tiens à préciser que le festival n’est pas une fashion week. On vient à Hyères pour découvrir, partager, on vient pour échanger et pour prendre du plaisir. On vient aussi d’une certaine façon  pour se détendre, ce qui n'est pas forcément le cas pour une fashion week qui est essentiellement une période d’achat.  Du coup les moments de convivialité sont inhérents à la proposition que l’on fait. Les seuls qui ne sont pas détendus sont les jeunes créateurs qui jouent ici leur carrière. Je pense que le mot « détendu » résume bien l’état d’esprit du festival.

 

K : Pourquoi avoir créé un festival de mode et de photographie en même temps ? Quel rapport établissez-vous entre ces deux disciplines ?


J-P. B. : L’image de mode est indissociable de la mode mais chez nous on ne traite pas cela de cette façon et l’on sépare complétement mode et photographie. Le moment où cela se rejoint est l’année d’après, quand le gagnant du concours de la photo réalise les visuels pour les candidats en compétition « mode » de l’année d’après. Peut-être qu’à l’avenir nous mélangerons davantage ces deux disciplines.

K : Cette année le jury vient d’horizon très divers. Voyez-vous la mode comme quelque chose qui doit exister dans le cadre d’un échange ?


J-P. B. : Dans les années 1920-1930, les créateurs étaient des artistes avant tout. Ils avaient des avis, des fois très marqués, des fois très plaisants, sur la musique, sur la littérature, sur l’art en général. Aujourd’hui on a ce besoin, cette envie absolue, de vouloir tout classifier et je n’arrive pas à le comprendre. Avec KENZO, on voit le plaisir que Carol et Humberto ont. Ils sont entourés de gens très différents, ils partagent, ils échangent. C’est cette mode là qui m’intéresse et qui me plait, pas la mode frileuse repliée sur elle-même. Ce qui m'intéresse c’est l’idée de communauté, avec des portes grandes ouvertes. Le festival de cette année représente cela tout particulièrement : le mélange.


K : Quelles connaissances Carol et Humberto peuvent-ils apporter à la compétition de mode ? 


J-P. B. : J'apprécie leur état d’esprit joyeux, leur enthousiasme et leur générosité. Si les créateurs comprennent qu’on peut être au niveau où Carol et Humberto se trouvent aujourd’hui et continuer à être des gens « normaux », ouverts et sympathiques c’est déjà très intéressant et très important. Je crois qu’ils incarnent parfaitement un certain esprit de la mode d’aujourd’hui.


K : Ce qui émane effectivement du festival d'Hyères c'est son état d'esprit généreux : les artistes s’y sentent libres.


J-P. B. : La générosité j’essaye de la mettre partout, pas que dans la programmation. Je trouve important que l’on accueille les gens, que l’on parle avec eux, que l’on échange. Notre métier n’est pas dans la routine de la vie : tout ce que l’on fait est inhabituel. Il faut l’avoir en tête et faire en sorte que ces gens se sentent bien dans leur création, que nous soyons là pour soutenir et les encourager : c’est ça qui est important.