Hyères 2014 : Exposition Steve Hiett - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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Mathilde Agius est une jeune photographe suisse basée à Zürich. Elle nous livre ici un instantané de sa personnalité et nous parle de "Max et les Maximonstres", de l'ECAL et du sambol à la noix de coco...

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KENZINE : Pourrais-tu te présenter ? Comment décrirais-tu ton style en 3 mots?
Mathilde Agius : Je m'appelle Mathilde et j'ai 26 ans. Un peu coucou.

 

K : Est-ce que des artistes en particulier ont influencé ton travail ?
M.A. :Mon premier livre de photographie est une monographie de l'artiste Suisse Urs Lüthi que j'ai reçu quand j'avais 12 ans. Il s'agit d'une édition oblongue publiée en 1978, avec sur la couverture deux polaroids sur lesquels on voit respectivement une mappemonde et l'artiste torse nu gonflant une bulle de chewing-gum. Je pense que le ton et l'humour de Lüthi m'ont beaucoup marqués et la question "Comment faire quelque chose de beau, sensible, et drôle à la fois?" est centrale dans mon travail.

 

K : Tu viens de réaliser une série de photographies autour de l'imprimé Monster pour le blog de KENZO, peux-tu nous en parler ?
M.A. : L'idée de départ de la série était d'aborder l'aspect mécanique et fragmenté de l'imprimé Monster, à l'aide de répétitions, d'erreurs et de rythmes en contre-temps. J'ai essayé de créer un personnage à la fois sensuel et stricte permettant de faire dialoguer ces deux aspects de la femme KENZO.

 

K : Tu sais que la collection automne-hiver 2014 a été inspirée par l'oeuvre de David Lynch, est-ce que - comme Carol et Humberto- tu es, toi aussi, fan de Twin Peaks ou Mulholland Drive ? Est-ce que ses films ont pu influencer ton travail ?
M.A. : Isabella Rosselini est magnifique dans Blue Velvet. J'admire la manière dont David Lynch dépeint les personnages féminins : leur complexité, leur faiblesses, leur forces, et bien sûr leur folie.

 

K : Si on te dit "monstre" qu'est-ce que cela t'évoque ? Une créature en particulier ? Une peur ? Une angoisse?
M.A. : Je pense instinctivement aux protagonistes de ce livre que j'aimais beaucoup quand j'étais enfant "Where the Wild Things Are" (Max et les maximonstres en français) de Maurice Sendak. C'est l'histoire d'un petit garçon qui se déguise en loup pour commettre des méfaits avant d'être puni dans sa chambre où il rencontre d'autres monstres.


K : Comment définierais-tu l'étrangeté qui caractérise la marque KENZO aujourd'hui?
M.A. : Electrique, fluorescente, à la manière d'un néon cassé dont la lumière vacillerait.

 

K : Comment as-tu exprimé cette idée à travers ta série ?
M.A. : Les superpositions d'images sont une forme de vacillement.

 

K : Tu as choisi de travailler avec Marie et Masha qui sont très différentes. Comment définierais-tu la femme KENZO et du coup qu'est-ce qui pourrait les rassembler ?
M.A. : La femme Kenzo est décidée et rigoureuse, tout en étant sensuelle. Un peu sauvage. Masha et Marie possèdent chacune ces qualités à leur façon.

 

K : Quelle est ta pièce préférée de la collection automne-hiver ?
M.A. : Cette veste sans manche à multi-zips à cause de son pouvoir hypnozipant.

K : Il semble que les photographes qui sortent de l'ECAL se démarquent des autres aujourd'hui. Selon toi qu'est-ce qu'on vous apprend à l'ECAL qui vous différencie ensuite des photographes formés en France ou en Angleterre par exemple ?

M.A. : L'ECAL a les moyens d'inviter panel d'experts dans différents champs tout en restant accessible à tous. L'infrastructure technique de l'école est aussi exceptionnelle.

 

K : Comme toi, beaucoup de jeunes photographes ont envie de revenir à l'argentique. Qu'est-ce que la pellicule amène en plus à ton travail ?
M.A. : La pellicule, ou plutôt la chimie qu'elle contient caractérise pour moi la forme pure de la photographie. Ce procédé magique de la lumière qui se matérialise sur un support physique me fascine. C'est une surprise fantastique à chaque fois que je découvre mes négatifs.

 

K : Cinq endroits que l'on doit absolument voir en Suisse ?
M.A. : Il y a beaucoup d'endroits magiques en Suisse. Pour n'en citer que deux je mentionnerais ma Genève natale d'où le ciel apparait toujours différent et dramatique en raison de sa situation géographique et la région située entre Vevey et Montreux d'où l'on peut voir les Alpes se refléter sur le Lac Léman.

 

K : Le morceau de musique qui caractériserait le mieux ta série ?
M.A. : Makigami Koichi - Egoe‬.


K : La couleur ?
M.A. : Un turquoise foncé assez proche d'un bleu sur lequel il serait difficile de tomber d'accord.


K : L'odeur ?
M.A. : Un mélange de coriandre et de laque à cheveux


K : Le sentiment ?
M.A. : La surprise de tremper ses pieds dans l'eau fraîche de la mer.


K : Le plat ?
M.A. : Un sambol de noix de coco

 

Découvrez ci-dessous quelques photos choisies et rendez-vous sur son site pour découvrir plus en détail son travail.

 
Novembre Magazine printemps-été 2014.

 Novembre Magazine printemps-été 2014.

Dorade Magazine en collaboration avec Reto Schmid.

Original Design et Ugo Pecoraio.

John Armleder pour Kaleidoscope printemps-été 2014.

Nous avons demandé à la photographe suisse Mathilde Agius de réaliser une série éditoriale autour de l'imprimé Monster.

 

Le motif est inspiré de l'oeuvre de David Lynch : expérimentale, étrange et ancrée dans le décor du Nord des Etats Unis.

 

Nés d'un amas composite d'outils du quotidien qui illustrent le caractère industriel de cette région, les monstres prennent des formes inédites que l'on pourrait rapprocher des fossiles ou des dinosaures mais également des branches de corail ou des fleurs exotiques. Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent...

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Pull texturé en mohair et pantalon Monster

Chemise en soie Monster et robe longue en maille

Marie (à gauche) : Pull texturé en mohair et pantalon Monster

Masha (à droite) : combinaison Broken Floor et pochette Monster.

Pantalon Monster, haut en jacquard Monster

Marie (à gauche) : chemise noire par dessus un haut sans manche Monster et pantalon Monster

Masha (à droite) : pull Monster et jupe longue.

Photographie et direction artistique : Mathilde Agius

Assistante photographe : Chloé Cohen

Mannequins : Marie chez Ford Models et Masha chez Silent Models

Set design : Tony Frontal

Assistant set designer : Thomas Griveau

Coiffure : Kasuko Kitaoka chez Sybille Kleber

Maquillage : Anthony Preel chez Airport

Stylisme : Annabelle Lacuna

Notre rubrique Book Corner explore les inspirations de chaque saison à travers une sélection d'ouvrages disponibles dans nos boutiques KENZO et commentés par Angelo Cirimele. Cette semaine il a choisi l'ouvrage « Avedon Women » du photographe du même nom, Richard Avedon.

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« A force de checker des images sur Instagram ou Twitter, j’en oublie parfois le plaisir que représente de prendre un beau livre en ses mains. « Avedon Women » est en cela un cérémonial : un coffret cartonné qui découvre une série de pages non reliées, portraits de femmes, intercalées de feuilles monochromes qui viennent rythmer la succession des noir et blanc. Un texte de l’ex-rédactrice de Vogue Joan Juliet Buck accompagne ce voyage en contrée féminine. Certes, les images d’Avedon, puissantes, donne un relief à l’aventure. Mais surtout, pour nous qui, chaque saison, regardons attentivement comment la femme est représentée par l’univers de la mode, cette collection d’images d’Avedon est une leçon, tant il sait capturer le femme derrière le mannequin, et l’universel derrière le particulier. Du studio à la rue, de la princesse à l’ouvrière, Avedon fabrique du temps à travers ses portraits, pour qu’on puisse y plonger nos yeux à loisir. »

« Avedon Women », 2013, 200 p. Ed. Rizzoli.
Kenzo - 60, rue de Rennes, Paris.

Notre rubrique Book Corner explore les inspirations de chaque saison à travers une sélection d'ouvrages disponibles dans nos boutiques KENZO et commentés par Angelo Cirimele. Cette semaine il s'est interesse au livre « Dolls and Masks » du photographe au nom peu commun, Ralph Eugene Meatyard.

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Dolls and Masks

 

Des images en noir et blanc, au format carré, duquel on a du mal à s’échapper. Ralph Eugene Meatyard compose ses photographies avec ce qu’il a sous la main : des cabanes, des sous-bois et ses enfants comme modèles. Il y ajoute des poupées souvent désarticulées et des masques. Regarder ses images, c’est être saisi par une certaine douceur en même temps qu’être témoin d’un étrange mystère. Des masques d’adultes sur des corps d’enfant, des poupées disséminées… Meatyard recrée un théâtre dans la nature, hors du temps et inquiétant. Ces no man’s land champêtres nous sont familiers, terrains de jeu de notre enfance, quand la réalité et le jeu se superposaient plus naturellement. Après avoir refermé ce livre, on est persuadé que ces images sont aussi notre histoire.
 

« Dolls and Masks », Ralph Eugene Meatyard, 2011, 132 p. Ed. Radius books.


KENZO - 60, rue de Rennes, Paris.

Notre rubrique Book Corner explore les inspirations de chaque saison à travers une sélection d'ouvrages disponibles dans nos boutiques KENZO et commentés par Angelo Cirimele. Cette semaine, il s'est penché sur « The New Cars » du photographe Lee Friedlander.

 

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J’ai toujours pensé que la meilleure manière de raconter l’Amérique, c’était d’être en mouvement. Les villes, d’accord, mais surtout les grands espaces, le grand ouest, la Californie… donc l’automobile s’impose comme le véhicule le plus naturel. Ce livre de Lee Friedlander a une histoire : chargé par le magazine Harper’s Bazaar de réaliser une série d’images sur les nouveaux modèles automobiles de 1964, le photographe, fidèle à son style, dissémine les voitures dans la ville, au milieu de la vie, et saisit les situations à l’aide de son Leica 35mm. Le magazine s’attendait à une mise en scène plus « avantageuse » des produits, il rémunère Friedlander mais ne publie pas les clichés. Quelques décennies plus tard, la boite de photos refait surface et reste l’aspect documentaire, mais aussi une atmosphère d’éternel américain : explorer ces grands espaces au volant d’une automobile.

 

« The new cars 1964 » – Lee Friedlander, 2011, 86 p. Ed. Fraenkel gallery.


KENZO - 60, rue de Rennes, Paris.

Cette saison, nous partageons avec vous le regard que portent Carol et Humberto sur l’état où ils ont grandi : la Californie.  La rubrique Book Corner s'emploiera à vous donner un petit aperçu de cette culture à travers une sélection d'ouvrages choisis et commentés par Angelo Cirimele. Cette semaine, il a sélectionné la première publication du photographe Joel Sternfeld, ‘American Prospects’ (1987). Maintenant considéré comme une publication de reference, ce livre a été réalisé lors des nombreux voyages de Sternfeld sur les routes des Etats-Unis. Le photographe, à travers des compositions formelles et généreuses, documente subtilement les questions socio-économiques américaines avec l'ironie et l'humour qui le caractérisent.

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American Prospects – Joel Sternfeld

 

« On regarde souvent la photographie de paysage comme héritière de la peinture. Pour ma part, et tout esprit de contradiction mis à part, je préfère le chemin inverse : regarder une photo comme un tableau. Et ainsi décomposer le premier plan de l’arrière plan, me perdre dans les variations de lumières ou me demander combien de temps a nécessité la réalisation de cette image. Avec le photographe américain Joel Sternfeld, c’est du gâteau : ses images de paysage sont des instantanés de l’Amérique. En vrac : l’insignifiance de l’intervention humaine dans l’immensité des espaces, des voitures omniprésentes, autant que des loisirs, et l’eau, sous forme de piscine ou de lac, d’étendue ou d’écume. Bien que pris entre les années 70 et 80, les clichés de Sternfeld restent largement intemporels. »
 

'American Prospects', Joel Sternfeld, 1987-2012, 140 p. Ed. Steidl.

 

KENZO – 60 rue de Rennes, Paris.

Partel Oliva, le duo en charge de la direction artistique de la dernière vidéo KENZO réalisée par Kahlil Joseph, nous emmène dans les coulisses du tournage grâce à cette vibrante série de photos.

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Découvrez la collection printemps-été de KENZO ici.

Cette saison, nous essaierons de vous transmettre le regard que portent Carol et Humberto sur l’état où ils ont grandi : la Californie. Nous tenterons de vous faire partager leur connaissance de cette nature sauvage, la culture et la cuisine, mais aussi des contre-cultures et mouvements underground comme la scène punk d’Orange County…

La rubrique Book Corner s'emploiera à vous donner un petit aperçu de cette culture à travers une selection d'ouvrages choisis et commentés par Angelo Cirimele. Cette semaine, il a choisi le catalogue d'une exposition de 1988 sur Malcolm Maclaren, l'homme qui a notamment fait connaitre le punk au grand public.

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«En passant devant l’affiche de l’exposition « Europunk » qui nous arrive du V&A à Londres, je me disais qu’un musée était une drôle de destination pour des punks qui avaient érigé la contreculture en mode de vie. Puis je tombe sur ce catalogue d’exposition consacré à Malcolm McLaren, l’impresario des Sex Pistols, compagnon de Vivienne Westwood, graphiste et inventeur du punk. L’idée que le New Museum puisse, en 1988, consacrer une exposition à quelqu’un qui ne soit pas un artiste mais un directeur artistique me réjouit. Les conservateurs avaient compris un truc : le fait de mettre en ensemble (mixer), de mettre en lumière (produire) et de faire parler d’un mouvement était ce mouvement. Ce petit catalogue est doté d’une chronologie détaillée et de nombreux textes, dont un de Dan Graham, qui racontent cette histoire récente et passionnante.»

Impresario : Malcolm McLaren and the British New Wave, Paul Taylor, 1988, 80 p. Ed. New Museum of Contemporary Art, New York.
KENZO, 60, rue de Rennes, Paris.

Pendant le festival d’Hyères, KENZINE a passé un petit moment dans l’escalier aux couleurs napolitaines de la Villa Noailles en compagnie de Charlie Engman, qui collabore aussi avec KENZO. Il venait d’apporter la dernière touche à son exposition intitulée La Romaine.    

 

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KENZINE : Jean-Pierre Blanc t’a invité à faire une série photos dans la Villa Romaine de Hyères, qui a récemment été abandonnée. Dis-nous comment tu as abordé ce projet…


Charlie Engman : Ce travail a une place différente par rapport à ce que je fais d’habitude. Généralement, je ne travaille pas de cette façon quand c’est un projet spécifique, mais j’étais intrigué. Quand le festival m’a invité à venir voir La Romaine, ils m’ont vraiment donné carte blanche, en me disant que la maison était à moi, que je pouvais y faire ce que je voulais, même si c’était pour seulement en investir un coin minuscule. Je n’étais pas obligé de faire figurer la maison. Mais elle était juste tellement impressionnante, elle était tellement inspirante, même dépouillée de ses meubles et de ses attributs, que du coup cela a fait inévitablement partie du processus narratif. 


K : La Romaine est une villa gigantesque sur les hauteurs d’Hyères, tout comme la Villa Noailles. Quelle impression cet endroit t’a-t-il laissée ?


C.E. : La Romaine a été construite par un homme qui avait l’intention d’ériger le nouveau Versailles. Dans son testament, il l’a léguée à une fondation, qui a vendu à son tour tout ce qu’elle pouvait, en laissant seulement les murs de la maison. Je l’ai trouvée dans cet état. Toutes les personnes que j’ai photographiées habitent la ville d’Hyères. Il y a dans cette maison une atmosphère d’opulence, mais qui a aussi quelque chose de démodé.  Je crois que la disposition des fruits dans mes photos suggère cette idée. Pour moi, La Romaine est un échec baroque et cela m’a servi de référence. J’ai aussi eu l’impression que cela avait dû être une garçonnière gay un peu étrange : il y a des motifs grecs sensuels, une impression d’homosexualité forcée et embarrassée.

K : Quel est le genre d’énergie qui se dégage de La Romaine ?


C.E. : J’ai une relation ambivalente avec La Romaine. Je dois admettre que je l’ai trouvée assez répugnante personnellement, ce qui a des avantages et des inconvénients pour moi en tant que photographe, parce que bien sûr il y a dans le dégoût quelque chose d’assez excitant aussi. Le fait qu’elle ait été vidée par la fondation et que son propriétaire ait en premier lieu daigné la léguer à la fondation est très déroutant. Le bâtiment était en soi dans un sale état : il y avait de la moisissure partout et c’était très dur de respirer dans la cave par exemple. Personne ne prend soin de cet endroit. C’est l’étrangeté même...unheimlich.


K : Ta série est exposée à la Villa Noailles dans l’escalier qui mène au jardin suspendu. Cet escalier est peint en jaune, il est étroit et tout en longueur : est-ce que cet espace qui t’était réservé a eu une influence sur la façon dont tu as abordé le projet ?


C.E. : Quand je prépare une exposition, j’envisage mon travail d’une façon beaucoup plus formelle que lorsque je prépare un shooting mode. Mais pour être honnête, je n’ai pas vraiment songé à l’espace qui m’était réservé jusqu’à ce que je procède à la mise en place et il est vrai que la façon dont les photos sont accrochées de chaque côté de cet escalier ajoute une dimension intéressante à mon travail, avec une progression inévitable en montant les marches, en naviguant de gauche à droite et inversement. J’ai commencé à apporter des modifications, réduisant ou agrandissant des tirages, ajoutant un encadrement, un ornement (Charlie Engman désigne alors une boucle d’oreille en forme de chandelier en or, attachée à une photo). À vrai dire, ce sont des accessoires qu’il me restait du shooting, je trouvais qu’ils s’accordaient parfaitement avec les motifs présents sur cette porte ici…

K : Le fait d’utiliser des accessoires est-il un réflexe issu de la photographie de mode ?


C.H. : Je n’envisage pas la photographie comme relevant du documentaire, parce que je crois que ça engendre trop de choses. Bien sûr, on doit faire face à la réalité, c’est un aspect essentiel qui doit être pris en compte. Pour moi, le jeu est quelque chose d’important, tout comme le fait que l’appareil photo est un participant actif du processus. Je trouve ça plus intéressant d’avoir ma main au milieu de l’image directement, que d’essayer de capter un moment « pur » et sincère à distance. Ainsi, peut-être que le sac rempli d’accessoires que j’ai à portée de main est une métaphore qui rend parfaitement compte de mon travail.

K : Quelle est la chose que tu préfères au festival d’Hyères ?


C.E. : Ce que je préfère, c’est vraiment l’énergie qui se dégage. Il y a tellement de générosité, tout est tellement excitant. Ils ont une approche qui laisse beaucoup de liberté aux artistes. Généralement, dans ce genre d’environnement on te dit qu’on te donnera tel ou tel espace, mais l’offre de départ est toujours tempérée par des histoires d’égo et d’économie politique. Bien sûr, je ne pouvais pas faire mes tirages sur du papier en or, mais j’ai eu beaucoup de liberté. En photographie, quand tu dois travailler rapidement, il y a de fait de nombreuses limites. La Villa Noailles déborde d’ondes positives. Personne ne dit « non ». Toutes mes propositions ont été prises en compte, même si elles ne pouvaient pas être menées à terme. La façon dont Jean-Pierre Blanc a conçu ce festival est tout bonnement incroyable : la façon dont il a réussi à attirer des personnes qui sont prêtes à tout donner, à tout partager et qui ont des projets qu’elles veulent vraiment réaliser. Je crois que c’est cette générosité qui pour moi ressort de ce festival et le caractérise. 

Notre collaborateur Angelo Cirimele examine l'exposition de Steve Hiett, président du jury du prix de photographie au festival de Hyères.

 

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J’avais rencontré plusieurs fois Steve Hiett, dans des occasions aussi diverses que la réalisation d’un magazine, un jury d’objets édités ou un vernissage. J’avais toujours été frappé par l’apparent détachement qu’il manifestait, même sil savait très bien ce qu’il considérait comme une « bonne photo ». En posant un regard circulaire sur son exposition dans le squash de la Villa Noailles à Hyères, lors de ce 29e festival, l’impression est la même : pas d’effort apparent, mais toujours le bon cadre. Que ce soit dans les clichés en noir et blanc des années 60, plus sociaux ou les couleurs criardes des années 80, la composition et l’efficacité sont également présentes.
Plus tard, dans l’escalier :
-      Steve, tu as commencé par la photographie ou le design graphique ?
-      J’ai étudié le design puis j’ai fait de la musique, mais j’ai commencé à gagner ma vie comme photographe.

C’est tout Steve : trois choses à la fois. Souvent, je pense que j’aurais aimé grandir dans les années 60 : il n’y avait pas tant d’étiquettes, on étudiait l’art puis on se lançait dans une pratique puis une autre, sans que ça surprenne plus que ça. Et effectivement, dans l’exposition, les vitrines qui montrent les livres, magazines ou pochettes de vinyles que Steve a désignées livrent une clé. C’est un directeur artistique qui s’est mis à faire des images. D’où cette science du cadre, qu’il bouscule quand il occulte le visage du modèle ou quand il demande au mannequin de prendre une photo à son tour, jouant à « qui regarde qui ? ». L’extérieur est aussi une grande source d’inspiration, bien plus que le studio. Chez Steve Hiett, on voit des rues, des maisons, des backgrounds documentaires qui basculent dans une autre dimension parce qu’une voiture rouge ou un mannequin perdu entre dans le champ, parce que le grand angle change les perspectives et nous plonge dans un univers cinématographique.
Au fait, l’exposition a un titre : « The Song Remains the Same » et, dernière nouvelle, Steve a reformé son groupe de rock…

Exposition Steve Hiett au Villa Noailles, jusqu'au 29 mai.

Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
http://www.villanoailles-hyeres.com/