Tête à tête avec brianna capozzi - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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TOILETPAPER est de retour cette saison en créant une seconde campagne pour KENZO, teintée de leur sens de l'humour et d'un surréalisme qui est leur est cher.

Ils nous livrent les secrets de leurs photos si particulières.

 

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KENZINE : La campagne automne-hiver 2013 était un franc succès et beaucoup ont même suggéré qu’elle était une des meilleures de l’année… Vraiment pas mal pour une première campagne en équipe ! Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’une campagne est réussie et qu’elle parvient à faire la différence?
Toiletpaper : Les images de Toiletpaper sont faites d’images simples, le genre d’images que l’on peut décrire à des amis à un dîner, sans parvenir cependant à expliquer complètement ce sentiment étrange qu’elles provoquent au creux de l’estomac. C’est la même chose pour la campagne : elle a probablement bien marché parce qu’elle reposait sur cette manière de traiter ce qui nous est familier comme quelque chose de radicalement étrange, et inversement.

 

K : Quels sont les éléments clefs dont vous avez besoin pour créer une campagne pour KENZO (en termes de ton, de couleurs etc…) ?
TP : Il n’y a pas vraiment d’éléments clefs indispensables à chaque fois, car tout changement est bon pour la créativité, alors que la routine ne l’est probablement pas. KENZO est une marque qui correspond à nos idées et à notre vision de la beauté. C’est aussi simple que cela.

K : La première fois où vous avez shooté pour KENZO, je dois dire que l’ambiance sur le set était un peu folle, entre les chevaux, les chatons, le masque d’Humberto… Alors que cette fois-ci, les animaux étaient en plastique. Pourquoi ? Vouliez-vous que cela soit plus sérieux ?
TP : Comme nous l’évoquions tout à l’heure, nous aimons bien de temps en temps tout changer. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être sérieux, puisque ces énormes poissons en plastique sont un vrai attentat au bon goût, non ? 

K : Quel était au départ le brief de Carol et Humberto ?
TP : C’est un sentiment étrange, c’est vraiment difficile de se souvenir comment tout a commencé une fois que le travail est achevé… Nous avons probablement parlé de monastères et de l’Orient, et de musique aussi… mais finalement, le brainstorming continue encore pendant le shooting, indépendamment de là où il a commencé, un peu comme le téléphone arabe.

K : Quelles étaient vos sources d’inspiration ? Un peu d’Hokusai ? Le film noir ? La mythologie ? Le surréalisme ?
TP : Pour réussir un bon plat, il faut mélanger beaucoup d’ingrédients, mais aucun ne doit prendre le dessus sur les autres. Souvenez simplement que dans nos plats, ce qui a l’air bon et délicieux peut aussi vous être fatal… Quand vous goûtez, c’est à vos risques et périls !

 

K : Est-ce que vous avez commencé votre travail avec des dessins, des mood boards, des collages ?
TP : Essentiellement des mood boards et des collages, mais nous devons admettre que probablement la chose la plus difficile quand on travaille avec nous est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre une fois que le shooting a commencé : c’est là où les idées se mettent à fuser, comme des grenouilles qui sautent partout dans une mare.

 

K : Qui fait quoi au sein de l’équipe Toiletpaper pendant le shooting ?
TP : il y a des phases de travail au cours desquelles nous discutons tous ensemble, ces moments de partage sont fondamentaux pour préparer le shooting. Puis, naturellement, les rôles se dessinent. Maurizio est un peu comme un deus ex machina qui réussit toujours à garder une distance idéale par rapport aux images, à les critiquer d’une façon neutre. Pierpaolo a cette capacité d’improviser et de réinventer les choses, de modifier une simple virgule ou tout un set, même des choses qui étaient déjà bien établies. Micol est l’œil esthétique et elle sait comment faire pencher la balance au dernier moment, quand le gâteau est prêt et qu’il ne manque plus que la décoration au-dessus.
Dans tous les cas, le territoire de chacun n’a pas de limite claire, et l’invasion des uns et des autres est plus que bienvenue, car il n’y a pas de règles fixes.



K : Comment était-ce de shooter avec des enfants cette fois-ci? Est-ce qu’ils permettent davantage de créativité, de folie, plus d’énergie ?
TP : Nous sommes nous-mêmes des enfants, donc on n’a pas vraiment senti de différence par rapport à d’habitude.

K : Comment était-ce de travailler avec Devon et Paul ?
TP : ils ont été géniaux ! Ce n’est pas facile de trouver des gens qui jouent le jeu et qui respectent les règles !

 

K : Vous avez influencé de nombreux artistes / photographes / designers… quels sont ceux qui vous influencent ?
TP : Un tas d’artistes, de photographes et de designers ! Et beaucoup de gens tout ce qu’il y a de plus ordinaire ! Nous sommes comme des éponges : on se ballade, on voit des choses qui titillent notre imagination et on les absorbe… C’est pour cela que ce n’est pas facile de remonter jusqu’à ceux qui nous ont influencés à l’origine.

 

K : Quel est le meilleur conseil qu’on vous a donné ?
TP : Choisis un job que tu aimes, et tu n’auras pas besoin de travailler un seul jour de ta vie.

 

K : Un secret à nous confier sur le shooting ?
TP : Nous avons ramené le poisson du shooting avec nous et on le garde dans une piscine gonflable. Il est encore là dans notre bureau !

K : Quelles sont vos pièces préférées de la collection printemps-été et pourquoi ?
TP : Nous aimons tellement tout qu’il nous a été littéralement impossible de faire un choix !

 

K : Que partagez-vous avec KENZO en termes de valeurs et d’esthétique ?
TP : On est tous hauts en couleur et on ne se prend pas trop au sérieux…. C’est là le secret pour continuer à être créatif et jeune dans sa tête.

 

K : Pourquoi est-ce important d’être irrévérencieux ?
TP : Parce que si vous l’êtes pas, c’est que vous êtes déjà mort. 

La californie est l'inspiration principale de la collection printemps-été. C'est aussi l'endroit où Carol et Humberto ont grandi. Avec l'aide de quelques amis inspirés, nous essayons cette saison de mieux cerner ce qui la particularité du golden state et Carrie Brownstein fait évidemment partie de nos interlocuteurs de référence.

Carrie s'est faite connaître à l'époque où elle était chanteuse et guitariste de Sleater-Kinney au début des années 90 et elle partage actuellement l'affiche de Portlandia avec Fred Armisen. Elle nous livre ses impressions sur la culture et la scène musicale de la côté ouest aujourd'hui.

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KENZINE: Tu es originaire de Seattle, quelles sont selon toi les spécificités culturelles qui ont fait de la Côte Ouest le berceau de la contre-culture américaine ? 

Carrie Brownstein: Je crois que la Côte Ouest a toujours fait figure d’exception. Même d’un point de vue migratoire, l’Ouest incarne l’esprit pionnier, la Frontière. Mais une fois qu’on a atteint l’océan, qu’est-ce qui reste à faire ? Il faut trouver de nouvelles frontières à franchir, de nouveaux espaces à conquérir. Dans le rétroviseur, il y a le reste de l’Amérique ; sur la côte Ouest, on a la chance de pouvoir regarder en arrière, de pouvoir emprunter ou de pouvoir s’inspirer de ce qui est derrière soi, mais aussi de le détourner. Il faut innover. Il y a aussi un paysage particulier dans l’Ouest, qu’il faut intérioriser : un espace vaste, accidenté, avec le désert, la forêt, des couleurs éclatantes et des gris oppressants. Si vous combinez toutes ces choses dans l’esprit de quelqu’un de sensible comme un artiste ou un scientifique, vous obtenez un freak ou en tous cas une certaine folie, et je dis ça dans le sens le plus positif du terme.


K: Comment décrire les différences entre le nord de la Californie et le sud ? 

C.B.: Dans le sud de la Californie, tout est montré, étalé, public, dans le nord, tout est caché. Ainsi, dans le sud, il y a des gens qui jouissent du fait d’être vus et connus, ou qui souhaitent le devenir. L’art, la musique et le roman parlent de cette obsession de tout vouloir étaler et de ce que cela fait de vivre dans un endroit qui est tout autant un signifiant qu’un lieu géographique. Mais il y a aussi un élan, qui émane des artistes mais aussi de l’ensemble de la communauté, pour créer des niches, des abris où règnent le calme et la tranquillité. Je songe ici au surf, aux Summer goths, au punk rock, à la culture des restaurants undergrounds, au skate, à tous ces gens qui se protègent du feu des projecteurs en créant ces espaces d’ombres figuratives où ils peuvent vivre et qui les inspirent. Dans le nord de la Californie, la culture mainstream est née des marges. Ceux qui vivaient cachés ont été découverts et acceptés : je pense à la culture queer, à ceux qui font pousser de la beuh, aux penseurs radicaux, aux nerds férus de technologie. Ainsi, dans le nord de la Californie ce fut un voyage de l’intérieur vers l’extérieur, alors que dans le sud ce fut l’inverse. Ca créé une tension bizarre et cool.


K: Pour KENZO, un autre thème important cette saison est la surpêche… Parlons un peu des grandes causes à défendre. Dans les années quatre-vingt dix, tu as joué un grand rôle au sein du mouvement riot grrrl, qui est né à Olympia. Peux-tu expliquer à nos lecteurs, notamment aux plus jeunes, de quoi il s’agissait ? Quelles valeurs défendiez-vous en tant que femmes et en tant que musiciennes ? 

C.B.: Nous les femmes, nous voulions pouvoir exister sur la scène musicale. À cette époque, la scène punk et indé était dominée par les hommes, il n’y avait pas autant de femmes qui jouaient dans les groupes. Il y avait une vraie frontière dans la musique en termes de sexe. La masculinité définissait tout : la musique, mais aussi le fait d’être une rock star. Etre un musicien et être une femme vous condamnaient non seulement à être en dehors de la scène, mais aussi à être en dehors de la musique, comme si la musique était incompatible avec le fait d’être une femme, comme si cela ne pouvait être quelque chose de naturel. Donc beaucoup de femmes avaient l’impression qu’elles devaient se réapproprier la musique et que pour y arriver, elles devaient réécrire les règles. Les groupes comme Bikini Kill, Heaven to Betsy et Bratmobile évoquaient dans leurs chansons ce qu’être une femme voulait dire. C’était bien sûr la seule expérience qu’elles connaissaient. Elles ont fait preuve d’audace et de courage tout en donnant un nouveau souffle à la narration : elles ont marqué l’histoire de la chanson et réussi à insérer dans l’écriture des morceaux leurs propres histoires et leurs perspectives. Elles ont pris les devants et elles ont essuyé les plâtres, de sorte que les groupes qui ont suivi ont pu parler de tout ce qu’ils voulaient dans leurs chansons et ils ont pu mettre à mal la notion que la musique ou qu’un certain son dépendait d’un sexe en particulier. Mon groupe Sleater-Kinney a été créé vers la fin de cette période. Je suis du coup extrêmement reconnaissante de toutes les avancées qui avaient déjà été faites. Nous voulions juste que l’on nous voie comme un groupe libre de se définir comme il l’entendait. 

 

K: Comment as-tu changé le monde de la musique ? Comment as-tu fait bouger les choses ? 

C.B.: C’est difficile de répondre. Tout ce que je sais, c’est que quand je regarde autour de moi, je vois tellement de créations formidables dans la mode, les films, ou la musique qui sont un héritage direct de la musique des années 90 ou 2000. On avait alors le sentiment qu’une vraie révolution avait lieu, que tout se jouait à ce moment-là. Sauf que de nos jours,  le véritable enjeu est le partage, et je trouve ça génial. Quand tu te bats pour exister et pour tes désirs, tu avances dans la vie les poings serrés. Tu es sur la défensive et tu dois te définir par la négative, par tout ce que tu n’es pas. Tandis que maintenant, il y a le sentiment que la force est au niveau de la représentation. L’art est plus accueillant, la communauté et la générosité l’emportent. 


K: En 2009, tu as travaillé sur la bande-originale du documentaire "Women Art Revolution" de Lynn Hershman Leeson. Est-ce que tu te voies encore comme une riot grrrl ou une féministe ? 

C.B.: Je suis féministe. Et je viens de lire un passage dans le nouveau recueil de nouvelles de Lorrie Moore qui résume parfaitement mon sentiment sur cette question : « En tant que féministe, tu ne dois jamais t’en prendre aux autres femmes. », lui déclara un voisin. « En tant que féministe, je te demande de ne plus m’adresser la parole, » Kit lui répondit. En gros, je ne veux pas que le féminisme serve à faire en sorte que les femmes se sentent mal et culpabilisent. Et j’aime l’idée que les hommes puissent être féministes. Ils le peuvent. Ce n’est qu’une façon, parmi tant d’autres, d’envisager le monde et ses enjeux. 


K: La quatrième saison de Portlandia comporte une liste impressionnante de guest stars. Pourrais-tu partager une anecdote amusante qui ce serait déroulée pendant le tournage ? 

C.B.: Nous étions avec Steve Buscemi en train de filmer la fin d’une scène épique, intitulée « Celery ». Nous jouons un couple sur un yacht, qui vogue vers le soleil couchant (ou plutôt qui navigue sur une rivière sous le ciel gris de Portland). Nous avons fait une centaine de mètres environ avant de heurter un banc de sable et nous avons tous les deux failli passer par dessus bord ! Je ne dirais pas que les stars qui participent à la série ne courent pas de danger, mais au moins on s’amuse. Steve a adoré, c’est toujours un honneur de travailler avec lui, il est tellement brillant. Nous avons vraiment de la chance qu’autant de musiciens et d’acteurs veuillent venir à Portland travailler avec nous. 

 

Carrie porte un perfecto K et une blouse resort.

La collection KENZO printemps-été 2014 est un appel du large, une pêche miraculeuse d’inspirations livrées par le rivage. Avec elle, nous signons notre mobilisation et celle de KENZO derrière l’une des meilleures équipes d’éco-acteurs au monde pour lutter contre la surpêche et la destruction de la vie marine : BLUE. Nous soutenons de tout cœur leur objectif de créer des réserves de pêche durable et des zones marines sanctuarisées. Nous avons donc demandé à l'un de ses co-fondateurs - Chris Gorell Barnes - de nous parler de la fondation, des dangers de la surpêche et du futur.

 

 

 

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KENZINE: Qu’est-ce que Blue Marine Foundation ? Qui en est à l’origine ? 
Chris Gorell Barnes: Blue Marine Foundation (BLUE) est une organisation caritative enregistrée au Royaume-Uni et créée en 2010 par une partie de l’équipe du documentaire "The End of the Line", qui a remporté le prix PUMA Creative Impact, un prix récompensant le documentaire qui a le plus d’impact positif sur la société. L’équipe est composée de Charles Clover, le président de BLUE et auteur du livre qui a inspiré le documentaire, George Duffield et moi, le cofondateur de BLUE. Le but de BLUE est d’aider à résoudre le plus important problème sur la planète, la crise dans les océans, en protégeant 10% des océans d’ici 2020. Quand BLUE a commencé son action, seul 1% des océans était protégé. Depuis, cela a considérablement augmenté, mais seulement 2,8% le sont. 

 

K: Quels sont les dangers de la surpêche ? 
C.G.B.: Il est difficile de savoir par où commencer, car l’impact de la surpêche a un effet puissant sur quelques-uns des écosystèmes les plus fondamentaux de notre planète qui ne protègent pas seulement la vie marine, mais sont essentiels à la sauvegarde de la vie humaine. Il est évident que la pêche commerciale, si elle n’est pas régulée, peut entraîner l’extinction de certaines espèces majeures. Les impacts résultant de la diminution de certains stocks de poissons sont ressentis par ces millions de personnes dans le monde dont la survie et la capacité à nourrir leur famille dépendent directement de la mer, mais cela finit aussi par affecter le reste de la population mondiale. Le poisson et les autres produits de la mer représentent la source principale de protéine pour un milliard de personnes et deux cents millions vivent de la pêche. Un monde sans poisson est simplement inconcevable. Et puis il ne faut pas oublier tous les impacts scientifiques importants que la surpêche a sur de nombreuses autres espèces qui font partie du même écosystème complexe depuis les coraux jusqu’aux algues qui absorbent jusqu’à 50% des émissions de dioxyde de carbone, plus que la forêt amazonienne en fait. Si on autorise la pêche à continuer à ce rythme-là, les conséquences sur le long terme pour nous tous seraient catastrophiques. 

 

K: Les dangers de la surpêche ne se limitent pas aux océans, mais affectent tout l’environnement. Pourriez-vous nous en dire plus sur la façon dont les environnements marins, terrestres et l’atmosphère fonctionnent ensemble ? 
C.G.B.: Pour le dire simplement, les océans produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons et absorbent plus de la moitié du CO2 généré par les activités humaines. Pas besoin d’être scientifique pour comprendre que les conséquences sur toute la vie terrestre seraient catastrophiques si ces systèmes de soutien vital de la vie océaniques venaient à disparaitre. Quand les océans sont en bonne santé, ils forment une barrière contre l’acidification. 

 

K: D’un point de vue économique, environ 200 millions de personnes tirent leurs revenus de la mer. Comment pourrait-on réconcilier besoin économique et impact sur l’environnement ?
C.G.B.: Vous avez tout à fait raison de souligner que des millions de personnes dépendent de la mer directement ou indirectement. Et bien sûr il ne serait pas question de mettre en place des politiques qui ne permettraient plus à ces familles de travailler ni de se nourrir. Une meilleure gestion des stocks de poisson donnerait un bien meilleur retour économique, comme l’a démontré une étude que BLUE a faite sur le thon rouge d’Atlantique. Le secret, comme le démontre les organisations conscientes du problème telle que BLUE, est de mettre en place des systèmes de quota et des zones de protection marine (MPAs) en impliquant les pêcheurs directement dans leur gestion, en retirant la mentalité « nous contre eux » qui est à l’origine des échecs précédents. En même temps, les gouvernements nationaux doivent être plus intransigeants avec les lobbies de la pêche commerciale, pour que la législation équilibrant les impératifs commerciaux, sociaux et environnementaux soit mieux respectée qu’elle ne l’est malheureusement dans de nombreux endroits actuellement. 

 

K: Il y actuellement de nombreuses espèces de poisson menacées d’extinction, peut-on en trouver une liste ? 
C.G.B.: Le consommateur peut trouver des sources fiables en ligne, tels que le guide Marine Conservation Society fishonline pour l'Angleterre, le Monterey Bay Seafood Watch aux Etats Unis ou les guides WWF pour les autres pays. Ces guides permettent aux consommateurs de savoir quelles espèces de poisson ils peuvent manger et celles qu’il faut éviter. Si vous voulez connaître les restaurants qui font des efforts pour protéger les stocks de poisson sauvage au Royaume-Uni, en France, en Espagne, aux Etats-Unis, en Belgique et en Suisse, allez consulter le site de notre filiale fish2fork.com.

 

K: Le thon rouge est devenu tellement rare que certaines pièces sont estimées à plus d’un million de dollars sur certains marchés ? Comment cela est-il possible ? 
C.G.B.: C’est simplement une question d’offre et de demande. Il y avait beaucoup de thon rouge jusqu’à très récemment, mais avec l’évolution technologique de la pêche, la balance penche en faveur des pêcheurs et le thon n’a pas vraiment de chance de s’en sortir. En même temps, la demande de certains pays tel que le Japon et de nombreux restaurants étoilés dans le monde, qui devraient pourtant être sensibles à la question, fait que le thon rouge est devenu le « foie gras de la mer » - éthiquement indéfendable, de plus en plus rare, et le prix qui va avec. Il y a eu des progrès dans la gestion du thon rouge Atlantique, précisément grâce à la campagne qui a accompagné notre film, mais il faut que l’espèce se repeuple, tandis que d’autres espèces voisines du Pacifique sont dans un état alarmant. Imaginez un monde où des espèces de tous les jours telles que le cabillaud et la dorade subissent la même logique d’offre et de demande et en viennent à coûter autant que le thon rouge ! Cela fait partie des scenarios que BLUE et ses alliés cherchent à éviter à tout prix. 

 

K: L’Asie est une des zones les plus touchées par la surpêche, alors que sa population tire sa source principale de protéine du poisson. N’y voyez-vous pas un paradoxe? 
C.G.B.: C’est l’exemple parfait qui montre que l’on ne peut pas s’attendre à pêcher indéfiniment une quantité illimitée de poisson. Il doit y avoir un équilibre. Les gens doivent comprendre que s’ils veulent continuer à se nourrir principalement de poisson, leurs stocks doivent être gérés en conséquence, et ils devraient aussi se tourner vers d’autres espèces que celles qu’ils consomment d’habitude comme le thon. Le poisson d’élevage fait aussi évidemment partie de l’équation, mais il n’est pas sans poser de  problèmes non plus. 

 

K: Cela nous paraîtrait inconcevable de trouver du tigre ou du rhinocéros dans nos assiettes, et plus généralement de la  viande d’animaux en voie de disparition. Malgré cela, on trouve de nombreuses espèces de poisson en danger au menu de nombreux restaurants. La surpêche est-elle un phénomène méconnu ? 
C.G.B.: L’analogie avec le rhinocéros fonctionne bien. Par bien des aspects, c’est aussi grave de manger du thon rouge que de manger un animal terrestre rare. On peut imputer une partie du problème à de nombreux restaurants hauts-de-gamme et aux chaînes d’hôtels qui s’entêtent à laisser sur leurs cartes ces espèces qui sont gravement en danger et refusent de les enlever. En même temps, il faut aussi davantage éduquer le consommateur. Les gens devraient ressentir autant d’empathie pour un thon rouge, un requin ou une daurade que pour un veau ou une oie gavée. Il y aura toujours une minorité désolante qui continuera malgré tout à consommer ces espèces en danger, mais nous observons cependant des signes que l’opinion publique est de plus en plus sensible à la nécessité de protéger les espèces de poisson les plus menacées. Ces chefs doivent finir par s’interroger : est-ce qu’ils assumeraient de servir des steaks de gorille ou d’éléphant ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi alors s’enorgueillir de mettre du thon rouge ou du requin sur leur carte ? 

 

K: L’un de vos objectifs est de protéger la vie marine en créant des zones protégées dans les océans. Comment cela fonctionne-t-il ? 
C.G.B.: Le modèle défendu par BLUE est centré sur l’importance de créer davantage de zones marines protégées ou des réserves, des zones sous protection officielle et légale où certaines formes de pêche seraient interdites, ou bien dans certains cas, où toute pêche serait interdite. Il faudrait aussi créer davantage de partenariats pour la protection de la mer. Il y a une abondance de recherche scientifique qui démontre le potentiel des réserves marines pour réussir à renverser le déclin général actuel des stocks de poisson et de la santé des océans. Lorsque BLUE a été fondé en 2010, seulement 1% de la surface des océans de la planète était protégé. Maintenant, le chiffre est de 2,8%, mais grâce à notre travail et à celui de ceux qui nous soutiennent, nous souhaiterions qu’au moins 10% de l’océan soit effectivement et activement protégé d’ici 2020. En sollicitant principalement des fondations, des individus aux moyens conséquents et des entreprises, nous nous focalisons sur ceux qui ont les fonds nécessaires pour faire rapidement une vraie différence. 

 

K: Une des solutions pour protéger les océans serait l’élevage. C’est pourtant une méthode critiquée pour de nombreuses raisons. Pourriez-vous nous dire en quoi cette pratique serait mauvaise pour la vie marine ? Quels en sont les inconvénients ? 
C.G.B.: C’est une question très complexe, y compris du point de vue des critères de protection. Il est évident que l’élevage peut offrir une source de poisson durable s’il est géré efficacement. Cependant cette méthode peut aussi être dangereuse pour la santé des poissons et des écosystèmes environnants. On attend encore de voir. Ceci étant dit, comme pour l’élevage terrestre, il y a de nombreux exemples de petits élevages qui fonctionnent bien et il est évident que nous soutiendrons ces exemples comme autant de solutions à la crise actuelle.

 

K: Comment chacun peut-il, à son échelle, faire quelque chose pour protéger les océans ? Pourriez-vous nous donner quelques suggestions qui permettraient d’avoir un impact important sur le long terme ? 
C.G.B.: Prêter davantage attention au poisson que nous mangeons est la meilleure chose que nous pouvons faire en tant que consommateurs. Plus précisément, à son espèce, où a-t-il été pêché et comment. Il faut vérifier les labels de certification sur les emballages tel que "MSC" (Marine Stewardship Council for certifying sustainable seafoodéviter les marques et les produits qui ne s’engagent pas pour un développement durable. Lire avec attention la carte dans vos restaurants préférés et faire pression sur le propriétaire de l’établissement si vous remarquez quoi que ce soit qui semble aller à l’encontre des recommandations pour assurer le développement durable des poissons – proposer au menu du thon rouge ou d’autres espèces en danger par exemple, ou ne pas montrer un véritable engagement en faveur de la protection marine. Il y a vraiment des personnes qui font les choses bien, mais la grande majorité a encore du travail à fournir. 

 

K: Comment KENZO vous a-t-il approché et quelle a été votre réaction ?

C.G.B.: Carol et Humberto ont approché BLUE de façon pro-active parce qu'ils cherchaient un partenaire qui partageait leurs propres leurs propres convictions et ce que nous faisons les a vraiment interpellés. Ils ont expliqué que la raison pour laquelle ils nous ont choisis parmi des centaines d’autres organisations caritatives pour la protection marine était que nous ne nous contentions pas de parler du problème, nous agissions également. Notre organisation est en partie responsable d’une augmentation considérable du pourcentage total de la protection des océans dans le monde. On était donc ravis. On a toujours eu envie d'être innovants et avec l'aide de marques extraordinairement inspirationnelles comme KENZO et nos partenaires antérieurs qui sont Orlebar Brown et Crème de La Mer, nous avons la possibilité de faire passer notre message à une audience plus large en des termes qui lui parlent directement.

 

K: Pourriez-vous nous expliquer les éléments clefs de votre partenariat avec KENZO ?
C.G.B.: Notre partenariat avec KENZO est fondé sur notre passion partagée pour l’océan, notre sensibilité à la crise qui le touche et la volonté de faire quelque chose pour la résoudre. Je pense que notre association avec KENZO a montré que les marques de mode internationales peuvent être un relai et le moteur d’un changement positif. KENZO soutient non seulement BLUE financièrement, mais ils endossent également un rôle proactif en aidant à diffuser la conscience de la surpêche à une échelle mondiale. Cela ne peut être que positif. 

 

K: Avant ce partenariat, quelle était votre vision de la mode et que saviez-vous de KENZO ? 
C.G.B.: Nous avions déjà eu des partenariats avec d’autres marques de mode et de lifestyle telles qu’Orlebar Brown et Crème de la Mer. Evidemment nous connaissions l’importance de KENZO en tant que marque internationale, mais ce partenariat représente une opportunité inouïe pour BLUE de collaborer avec une entreprise partenaire qui a un profil de cette envergure. 

 

K: Les marques étaient la cible des écologistes pendant longtemps, mais de nos jours elles deviennent les porte-parole privilégiés pour des causes qu’elles défendent et qu’elles aiment. Comment analysez-vous ce phénomène ? 
C.G.B.: Je crois que les entreprises éclairées dans toutes les industries sont de plus en plus conscientes qu’elles doivent faire preuve d’un engagement fort dans le social, l’environnement et la citoyenneté d’entreprise afin de pouvoir continuer à exister. C’est encore plus vrai depuis la crise économique, car la confiance qu’a l’opinion publique envers les entreprises est au plus bas. Donc je crois que les marques les plus intelligentes, les plus éclairées et tournées vers le futur se rendent compte qu’elles peuvent utiliser leur profil et leur pouvoir commercial pour que les réponses à certains problèmes cruciaux tel que l’environnement progressent, en mettant en place des partenariats avec des fondations crédibles telles que BLUE. Sans but réél, sans un objectif qui fait sens, une marque ne peut pas prospérer.

 

K: 'No Fish No Nothing' No Fish No Nothing est le slogan utilisé par Carol et Humberto afin de résumer les enjeux et la gravité de la situation. C’est aussi le nom d’une ligne inspirée par la fondation... 
C.G.B.: Nous sommes évidemment ravis d’avoir accès à une plateforme si prestigieuse et réputée grâce à une marque d’envergure telle que KENZO. Cela va apporter un tout nouveau public à notre campagne et montrer la profondeur de l’engagement de Carol et Humberto pour les causes environnementales. BLUE va en profiter, KENZO aussi. Mais le bénéficiaire le plus important sera l’océan. 

 

K: Quelle est votre pièce favorite de la collection (voir la ligne pour femme et pour homme) ? 
C.G.B.: Les sweatshirts sont vraiment mes pièces préférées – ils sont magnifiques et accrochent vraiment le regard, tout en faisant prendre conscience de l’importance de notre cause de façon inattendue. Nous ne pourrions pas être plus ravis du résultat des designs de Carol et Humberto. C’est vraiment un honneur pour une organisation caritative telle que BLUE de voir notre emblème aux côtés du logo culte de KENZO, mais nous ne devons pas oublier que le but de tout cela est de sauver les mers, une question beaucoup plus importante que la mode ! 

 

K: Quel changement ce partenariat avec KENZO apportera-t-il en 2014 ? 
C.G.B.: C’est le lancement de notre première grande collaboration avec KENZO et nous espérons que la collection capsule BLUE « No Fish, No Nothing » rencontrera un grand succès. KENZO reversera un pourcentage des ventes de sweatshirts et de t-shirts directement à BLUE. Même sans pouvoir à présent trop m’avancer quant au succès des projets engagés grâce à l’argent récolté, je peux annoncer avec certitude que ce partenariat aura un grand impact positif car il permettra que les gens prennent conscience de la surpêche et de la crise globale des océans. Et cela pourra je l’espère changer la perception de notre ressource publique la plus large, les océans.
  
 

Voici notre Tête à Tête avec les photographes ukrainiens de Synchrodogs qui ont réalisé pour nous la série "Spread Of The Week" autour de nos pièces rubans. Composé de Tania et Roman, le duo nous explique le choix de son nom ainsi que quelques anecdotes sur l'influence de l'Ukraine dans leur travail.

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KENZINE : D’où vous vient votre nom, Synchrodogs ?
SYNCHRODOGS : On a en nous quelque chose d’animal et d’assez canin, qui s’exprime en particulier dans notre comportement. D’où le mot « Dogs ». En même temps on se sent très proches l’un de l’autre, dans ce qu’on trouve beau ou laid : nos goûts et nos perceptions sont en quelque sorte « synchronisés ». Ces deux éléments mis ensemble donnent « Synchrodogs » et nous caractérisent bien.

 

K : Pouvez-vous nous parler de vos formations, de votre expérience ?
S : On est tous les deux Ukrainiens, autodidactes en photographie et en art puisqu’on est diplômé d’universités à vocation plutôt technologiques. Tania aurait dû être bibliothécaire ou archiviste et Roman aurait dû travailler dans la robotique. On a donc eu la chance que des amis nous mettent un appareil photo entre les mains et nous incitent à nous lancer dans la photographie !

 

K : Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?
S : Comme nous venons à la base de deux villes différentes, situées à huit heures de train l’une de l’autre, on remercie internet d’avoir rendu possible notre rencontre. En 2008, nous avions chacun une page sur un site communautaire de photographie pas terrible dans la catégorie « super-old-school », et c’est par ce biais qu’on s’est contacté. On a fait de la photo chacun de notre côté pendant un an avant de se rencontrer et on en était à peu près à ce même stade de « débutant ambitieux ».

 

K : Synchrodogs est un duo, qui fait quoi ?
S : Chacun de nous fait tout. D’abord, on trouve de nouvelles idées, puis on essaye de trouver des idées encore meilleures à partir des premières. On crée ensuite des accessoires et nous nous efforçons de trouver des lieux où nous pouvons prendre les photos. Entre temps, on parle un peu technique, genre cadrage et composition. Dans notre duo, personne n’est le modèle et nous sommes tous deux des photographes, même s’il est vrai que nous nous mettons souvent en scène dans les images. Il est plus facile d’expliquer à notre propre corps plutôt qu’à un modèle ce qu’il doit faire pour que la photo ressemble à ce que nous avons imaginé. Mais nous utilisons principalement cette approche lorsqu’on travaille sur des projets personnels.

 

K : En parlant de ça, avez-vous des projets solos ? Ou travaillez-vous avec d’autres artistes ?
S : Non, il n’y a pas d’œuvre d’art signée Tania Shcheglova ou Roman Noven, on fait tout ensemble sous le nom de Synchrodogs.

 

K : L’Ukraine est-elle une source d’inspiration ? Kenzo Takada a été profondément influencé par les cultures slaves dans les années 1980. Votre travail possède-t-il une dimension folklorique ?
S : Pour nous, l’Ukraine demeure un pays très tribal, aux modes de vie primitifs teintés d’un vague sentiment post-soviétique. Les gens veulent être à la mode, mais comme ils n’ont pas d’argent et qu’ils ne lisent pas de magazines de mode étrangers ils doivent faire preuve d’imagination pour tirer le maximum de glamour de leur petit budget. Cela crée pour nous une toile de fond  absolument unique : nous vivons dans un pays où une fille sur deux porte des talons hauts dorés pour aller acheter du pain dans la boutique d’à côté. Notre projet Misha Koptev est une bonne illustration de cette mode authentique.

 

K : Pouvez-vous expliquer le concept qui sous-tend votre édito pour la section « Spread of the Week » ?
S : Le concept de base était d’utiliser du matériel comme des nœuds, des empiècements, des tissus, des rubans et des broches, pour créer des looks s’inscrivant dans le prolongement de la collection KENZO automne-hiver 2013.

 

K : Vous mettez vos modèles dans des situations et des poses abstraites. Comment décririez-vous votre relation avec le corps humain, en général ?
S : Dans nos projets artistiques personnels, le rôle de l’humain est diminué, la personne représente quelque chose d’abstrait, quelque chose qui n’existe que dans le contexte de la nature, quelque chose qui interagit dans le contexte de l’univers. On prolonge ça aussi nos images commerciales où l’on préfère que le modèle ne soit pas trop glamour mais plutôt émouvant voire même parfois un peu gauche.

 

K : D’où vous vient cette obsession qui consiste à photographier des nus sur les rivages de lacs gelés ou dans la forêt, en plein hiver ?
S : On n’est pas non plus complétement obsédés par les forêts, mais c’est vrai que beaucoup de nos projets personnels ont un lien avec la nature, comme la série « Animalism, Naturalism ». On doit aussi admettre qu’on aime bien se déconnecter de la ville de temps en temps et se retrouver sans personne, sans immeuble autour de nous.

 

K : Quels sont les 5 lieux que vous conseillez de visiter en Ukraine ?
S : 1) La chaîne des Carpates et ses cimes enneigées.
2) La presqu’île de Crimée, sa nature sauvage, la mer et le jardin d’Eden de Yalta.
3) La ville de Lviv, avec ses monuments historiques et ses ruelles étroites.
4) Kiev, car c’est la capitale.
5) Louhansk et son ghetto, le pire d’Ukraine.
 

Hans Feurer est un pilier de la photographie de mode. Depuis cinquante ans, il fait le tour du monde pour capturer la beauté sauvage des femmes en lumière naturelle. Hier, à Londres, nous avons organisé une séance de dédicaces, pour le lancement de sa toute première monographie "Exotic Eye" (Damiani). L'occasion pour lui de répondre à quelques unes de nos questions autour de son travail et de la photographie de mode aujourd'hui.

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KENZINE: A l’occasion de la sortie de votre monographie « Exotic Eye » on a vu ré-émerger des images de campagnes KENZO du début des années 80 notamment, pourriez-vous nous expliquer comment s’est bâtie cette collaboration durable avec Kenzo Takada ?
Hans Feurer: J’ai été très touché par la sensibilité de Kenzo Takada dès sa première collection et par son ouverture « multi-ethnique ». Le fait qu’il mêle des éléments africains, hindous, japonais ou chinois dans sa collection. Cette tolérance, cette générosité envers toutes les cultures du monde. Ça m’a tout de suite touché, j’ai adoré son travail dès le début. J’ai eu envie de suivre toutes ses collections, tous ses défilés. Quand Kenzo Takada m’a demandé de réaliser une campagne pour sa marque, il m’a donné carte blanche. Je pense qu’à cette époque-là il n’y avait ni agence, ni équipe en charge de la publicité. Il n’avait pas en tête de concept fixe. Juste un budget. Avec l’aide d’une formidable styliste, Françoise Havan, on a donc décidé de partir quelque part avec une fille pour expérimenter. Dès le début j’ai eu envie de faire des gros plans – et Kenzo Takada m’a laissé très libre sur ce point – des close ups d’yeux, de matières. C’est donc vers cette direction qu’on est partis. Et on a renouvelé l’expérience plusieurs fois, avec des mannequins formidables comme Sayoko ou Iman. C’était idéal.

J’ai beaucoup voyagé, j’ai passé des années en Afrique, en Inde, en Amérique du Sud et j’ai toujours trouvé que les femmes, même aux champs, s’habillaient de façon incroyable, beaucoup plus féminine, avec des couleurs omniprésentes extraordinaires. Aujourd’hui la situation a évolué. Les africains essaient de ressembler à des européens. Même en Inde on a envie de s’habiller comme à Paris.
Dans la photographie aussi les temps ont changés et tout est très léché. On voit rarement des éléments ethniques dans les photos de magazine ou dans les campagnes. Les mannequins se ressemblent toutes un peu. Leur personnalité s’est effacée. Ou disons que ce sont d’autres types de personnalités qui transparaissent. Mais j’ai l’impression, d’après les réactions des gens à la sortie de mon livre, qu’il y a un enthousiasme et une réaction forte au plaisir des couleurs, qu’il y à nouveau de la place pour cette photographie-là.

K: On vous a beaucoup défini comme un pionnier du « street styling », quel est aujourd’hui votre regard sur les street looks, sur les blogs de mode qui fleurissent ?
H. F.: J’ai toujours essayé de photographier des femmes dans la vie, d’essayer de donner l’impression de véracité aux poses dans la rue donc c’est vrai qu’on pouvait me définir comme un artiste de « street photography ». En revanche, je n’ai pas vraiment d’opinion sur ces blogs, je ne les regarde pas. La virtualité est mon ennemi. Moi je suis un grand amateur de la sensualité, de l’humanité et la virtualité et le monde digital m’intéressent peu du coup. 

 

K: Pourquoi publier ce livre maintenant ?
H. F.: Je n’ai jamais publié de livre jusqu’à présent parce que j’ai toujours trouvé que la majorité des livres papier ne rendaient pas justice aux photos qu’ils présentaient et que par ailleurs peu de photos méritaient de figurer dans un livre. Qu’ensuite il y avait beaucoup trop de livres. Là, j’avais beaucoup de séries qui venaient du Vogue ou du magazine anglais Nova, dans les années 70 et 80, et qui avaient un parfum ou une idée particulière qui ont inspirées par la suite beaucoup de photographes connus, du coup j’avais envie de montrer où et comment étaient nées certaines de ces idées.

 

K: Votre style en quelques mots ?
H. F.: J’essaie de projeter des rêves et des envies. De montrer comment une femme pourrait ou voudrait être.

 

K: Vos prochains voyages ?
H. F.: L’Angleterre pour cette signature à Londres, puis la Russie pour réaliser une série sur les Jeux Olympiques, avec entre temps des vacances au Kenya pour aller à la pêche.

 

 

Portrait de Max Vadukul.

Photographies d'Hans Feurer.

 

Il y a quelques mois nous avons demandé à Viktor Hachmang de développer des images pour illustrer tout un alphabet KENZO : 26 mots qui définissent notre marque, le Kenzopedia. Il nous a livré en retour une collection incroyable de dessins aux esthétiques extrêmement variées. 

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KENZINE: Vous avez repensé les 26 lettres de l’alphabet dans un style très Kenzo. De quelle lettre avez-vous préféré recréer le design ?
Viktor Hachmang: Je me suis bien amusé avec les lettres D (pour Delfina Delettrez) et J (pour Jean-Paul Goude). Comme ces lettres symbolisent les œuvres d’autres artistes, j’ai dû aller vers elles en quelque sorte. J’ai dû creuser un peu plus loin dans leurs formes pour trouver la matière qui viendrait nourrir mes propres dessins et j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire.


K: D’une manière générale, quelle est votre lettre préférée et pourquoi ?
V. H.: Du point de vue graphique, c’est forcément le Z. C’est une lettre qui a quelque chose de très beau avec ses angles inversés et son oblique centrale.

 

K: Êtes-vous devenu un expert en mots croisés après avoir autant joué avec les lettres ?
V. H.: Parfois, je dirais plutôt que j’ai joué aux lettres croisées. Mon intention était de cacher autant que possible le dessin principal de la lettre pour que la personne qui la regarde ne découvre la graphie que dans un second temps sous le graphisme. Et cela n’a pas toujours été simple…

 

K: Y a-t-il un alphabet qui vous inspire en particulier ?
V. H.: J’aime particulièrement les alphabets et les œuvres typographiques de Takenobu Igarashi. Il a cette manière bien à lui et très belle d’aborder les aspects techniques, formels et tridimensionnels des lettres. Le G et le X de mon alphabet sont des hommages à son travail.

 

K: Vous préférez travailler avec les lettres ou les chiffres ?
V. H.: Je suis plutôt mauvais avec les chiffres (pas très matheux), donc je dirais avec les lettres. 

 

K: Connaissez-vous une anagramme de votre nom ?
V. H.: J’aime bien « Caving Hark Moth » (littéralement : « spéléo, oyez, mite »).

 

K: Quel est votre jeu de mots préféré ?
V. H.: J’aime bien cette phrase palindrome en anglais : « A Toyota! Race fast... safe car: a Toyota » (littéralement : « Une Toyota carbure, une Toyota assure »).

 

K: Votre mot fétiche ?
V. H.: Oui.

 

K: Quelle est la ville qui vous inspire le plus ?
V. H.: En fait, j’aime beaucoup me balader dans la ville où j’ai grandi : La Haye aux Pays-Bas. J’ai atterri là par hasard et j’ai appris à aimer son étrange mélange d’architectures. On peut y voir d’incroyables immeubles art déco, quelques beaux exemples de bâtiments de la période Nouvelle Objectivité et plusieurs très beaux édifices postmodernes.

 

K: Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
V. H.: J’adore les bandes dessinées et notamment celles du dessinateur Pierre Clément, un véritable magicien. Ses ouvrages Les Souris et sa série Tralalajahal sont d’une grande poésie et d’une grande force. J’apprécie également beaucoup le travail des designers et illustrateurs comme Barney Bubbles, George Hardie ou encore d’autres noms sortis des studios NTA des années 1970. J’ai toujours une grande admiration pour les dessins et la qualité des motifs dans la tradition japonaise de l’ukiyo-e.

 

K: Votre typo favorite ?
V. H.: Je n’en ai pas vraiment. Pour moi, une typo doit accompagner un design ou une illustration et transmettre un message. Ce n’est pas une simple question d’esthétique. Mais si je devais en choisir une, ce serait la Gill Sans. J’aime le fait qu’elle soit très reconnaissable tout en restant modeste, élégante, classique et moderne à la fois.

 

K: Celle que vous aimez le moins ?
V. H.: J’ai une véritable aversion pour « les dernières typos à la mode ». On dirait qu’elles émergent tout d’un coup et sur tous les supports réalisés par des graphistes de seconde zone qui se veulent cool et « à la page ». En ce moment, on voit par exemple beaucoup de polices modernes sans empattement, aux a minuscules arrondis. C’est encore pire quand elles sont étirées verticalement.

 

K: Vous arrive-t-il d’avoir des cauchemars sur des designs médiocres et la police Comic Sans MS ?
V. H.: En réalité, je ne suis pas un détracteur de la Comic Sans, du moins pas farouche. Fort heureusement, je fais peu de cauchemars et lorsque c’est le cas, ils n’ont pas grand chose à voir avec le graphisme.

 

K: Alors, de quoi vos rêves sont-ils faits ?
V. H.: Quand j’étais enfant, je faisais souvent ce rêve étrange d’une femme jouant avec des cubes pour bébé. Si quelqu’un a une explication, je ne demande qu’à l’entendre.
 

On a recontré Charlie il y a un peu plus d'un mois à Paris, durant l'un de ces derniers jours d'été à la chaleur écrasante. Une entrevue rapide mains instantanément chaleureuse et prometteuse... Une semaine après il shootait notre toute dernière série de "Spread of the week".

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KENZINE: Tu es né aux Etats-Unis, tu as étudié le japonais et le coréen au Royaume-Uni et aujourd’hui tu partages ta vie entre Paris et New York. Est-ce que tu as l’impression d’être un citoyen du monde ? 

Charlie Engman: J’ai surtout l’impression d’être un citoyen des contrôles de sécurité des aéroports ! Plus sérieusement, il existe toujours des frontières physiques et culturelles. Je suis très heureux de vivre à une époque où voyager autant est très facile mais ça ne veut pas dire que je considère cela comme acquis. J’ai toujours le sentiment d’avoir un chez-moi où je puisse retourner.

 

K: Les cultures asiatiques influencent-elles beaucoup ton travail ?

C. E.: Je pense que les cultures asiatiques influencent beaucoup ma vie en général. Mes liens étroits avec l’Asie remontent à l’enfance mais suffisamment tard pour que j’ai pu avoir d’autres référentiels. Cela revient un peu à cette idée de l’aéroport que je développais juste avant : je sais d’où je viens mais je ne suis pas bloqué à cet endroit. 

 

K: Tu n'as pas fait d’études de photo. Comment as-tu appris et qu’est-ce qui t'as poussé à devenir photographe ? 

C. E.: J’ai commencé à faire de la photo à la fac pendant mes études de japonais et de coréen. Je bricolais dans mon coin de petits projets artistiques que je laissais en plan. Le fait que la photographie soit un art accessible m’a séduit à l’époque où mes études me prenaient beaucoup de temps. J’adorais le fait qu’un simple déclenchement puisse faire naître une idée. C’était peut-être un peu irresponsable comme manière d’envisager la chose, mais c’est pourtant bien ça. Une fois encore, on en revient au même : aujourd’hui la photo est accessible à tout un chacun – presque tout le monde a une fonction appareil photo sur son téléphone – et pourtant c’est un art insaisissable. On peut l’approcher mais la photographie demande beaucoup d’investissement – et ça me plaît beaucoup.

 

K: De votre point de vue, qu’est-ce qui distingue la photo de mode d’autres types de photographie ? 

C. E.: Je ne suis pas du tout sectaire sur cette question. Pour moi, toute image photographique dans laquelle se trouve une matière préhensible présentant une forme de stylisation fonctionnelle peut être considérée comme une photo de mode. Pour ainsi dire, toute image. Tout dépend du contexte bien entendu. De mon point de vue, si on la traite de la bonne manière, la photo d’un sac poubelle peut tout à fait être une photo de mode – en voilà un bon exemple !

 

K: On te connaît surtout comme photographe de mode. Est-ce que tu montres également des travaux plus personnels ? 

C. E.: Je ne fais pas la distinction tant que ça. Mon travail mélange, comme un rituel, les matières et les gestes. J’aime réaliser les choses pour les autres et avec les autres. J’ai eu l’immense chance de collaborer avec beaucoup de grandes marques et de magazines de mode. Or, qui dit collaboration dit compromis. C’est pour cela que la plus grande partie de mon travail répond aux canons de la photo de mode. Ces derniers temps, j’ai repris quelques travaux personnels et j’avance sur plusieurs projets à moi. Je vous invite à aller les voir ! 

 

K: Tes photographes de mode préférés ou ceux qui t'inspirent ? 

C. E.: J’ai un faible pour les photographes qui utilisent la mode et pas l’inverse. Je ne sais pas si c’est clair. J’aime beaucoup les photographes comme Jason Evans et Roe Ethridge, et certaines figures de la jeune garde comme Jamie Hawkesworth et Tyrone Lebon, par exemple.


K: Tu as réalisé une série pour nous. Quel était le brief et quel en est le concept ?

C. E.: Le brief était magnifiquement libre ! L’idée était de mettre en images les pièces croisées et les pièces à motif « Eye » de la collection automne. J’ai rassemblé des matériaux présentant une géométrie rappelant les pièces croisées et susceptibles de faire écho à l’œil : des miroirs, des téléviseurs, des plaques de verre… J’ai laissé la spontanéité faire le reste. J’ai fait appel à Ataui Deng pour sa vitalité débordante et sa folle énergie positive et on s’est bien amusés. Elle a une belle peau et le crâne rasé, ce qui a transformé cette séance en un moment joyeusement personnel : pas de coiffeur, pas de maquilleur, pas de styliste. Juste elle et moi à faire les idiots dans mon studio ! 


K: Les mannequins tiennent une part importante dans ton travail. Préféres-tu une présence forte à un joli corps et un joli visage ? 

C. E.: Je peux choisir d’aller dans une direction comme dans l’autre. Si on met de côté la question de la beauté, si une personne a un visage ou un corps particulièrement séduisant, je peux travailler avec elle, peu importe qu’elle soit pénible. Comme je le disais plus tôt, je travaille avec la matière, je ne suis pas photojournaliste. Bien sûr, une séance photo est une collaboration et il est important que le mannequin puisse offrir quelque chose à l’objectif. Et ce qui fait l’attrait d’un visage ou d’un corps vient de ce que son propriétaire veut bien en faire. 

 

K: Parlons un peu technique. Utilises-tu le même matériel pour la plupart de tes shootings ou est-ce qu'il t'arrive de t'aventurer vers de nouvelles expériences ? 

C. E.: Je suis bien sûr toujours à la recherche de nouveaux univers, donc j’utilise les outils dont j’ai besoin pour y parvenir quels qu’ils soient. On peut faire beaucoup de choses avec un bon appareil photo et une ou deux lumières, mais parfois il faut autre chose.


K: La photo de mode parfaite ?

C. E.: Celle qui est convaincante. Et il vaut mieux que j’en sois convaincu !

 

Puisque la vue est le sens par excellence des cinéastes, le fait que « eyes » apparaisse dans un titre n’est pas anodin et souvent synonyme de subtilité, de double jeu ou de mise en abyme.

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 Comme si les réalisateurs voulaient nous inciter à y regarder à deux fois, plutôt que de nous laisser bercer par une histoire au long cours. A l’heure où chacun a un œil mécanique sur soi, avec l’appareil photo de son téléphone, la question des yeux et de ce qu’ils voient n’a jamais été aussi actuelle.

"Tokyo Eyes" (Jean-Pierre Limosin, France, 1998) est une déambulation dans Tokyo, poétique et technologique, avec le prétexte d’une enquête policière. C’est le début des téléphones portables et de la vague de miniaturisation des machines, comme les caméras… qui sont aussi des yeux.

La semaine dernière, nous avons publié une série de KIRCHKNOPF + GRAMBOW autour de la collaboration de la saison de KENZO x NEW ERA. Aujourd'hui, nous vous proposons d'en apprendre plus sur ce jeune studio allemand.

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KENZINE: Décrivez-nous votre travail, votre esthétique.
KIRCHKNOPF + GRAMBOW: La réalité dépasse la fiction.


K: Quelles sont vos influences et comment se sont-elles construites avec le temps?
K+G: Toutes les choses que vous voyons ou que nous faisons, toutes les expériences que nous vivons viennent alimenter notre réserve et sont susceptibles de laisser autant d’empreintes. Ce qui est certain c’est que plus ces influences marquent en profondeur votre vie, plus vous devrez en faire quelque chose.


K: Racontez-nous l’histoire de cette femme samouraï qui est à l’origine de votre séance photo.
K+G: Pour citer un livre intitulé "Hagakure" : « Le samouraï agit dans l’immédiateté et le mieux est de se précipiter la tête la première (…). On devrait toujours prendre ses décisions dans un temps compté entre 7 respirations. Ce qui compte c’est d’être déterminé et d’avoir le mental de franchir l’espace pour accéder à l’autre côté. » Et, plus loin dans le livre : « Il est bon de porter de la poudre rouge. Il pourrait arriver qu’un samouraï qui dessaoule ou qui se réveille fasse mauvaise figure. Dans cette situation, il sera bon qu’il sorte et applique de la poudre rouge. » Donc ce n’est jamais une mauvaise chose que de porter une belle armure ! 


K: Parlez-nous de celle mannequin. Elle dégage quelque chose de très brut, très dur.
K+G: Quand nous avons croisé Tamy, nous avons tout de suite été happés par ses contradictions : elle était à la fois héroïque et sensible, faible et forte. Nous sommes fans de son enthousiasme et de sa capacité à naviguer entre ce qu’on imagine être des contraires.


K: La culture asiatique a-t-elle une grande influence sur vous ?
K+G: Un soir que nous étions à Tokyo, nous avons rencontré le producteur, le costumier et le cascadeur d’une récente série de films de monstres géants dont nous sommes fans. Ils nous ont confié une vérité fondamentale au sujet de la culture asiatique et de l’esprit de ces godzillas, dont nous nous sommes bien imprégnés ce soir-là, pour ne pas dire imbibés à grand renfort de sake.

 

K: Quelles références picturales aviez-vous en tête pour ce projet ?
K+G: Pour ces photos en particulier, nous avons pas mal réfléchi aux anciennes estampes couleur et aux laques du Japon, à l’importance des motifs et des textures dans la culture japonaise et aux surfaces immaculées, aussi bien au sens physique que numérique. Comme nous avons découvert les casquettes New Era à travers le hip-hop et que nous écoutions l’album Afro Samurai de RZA au moment du shooting, il y a certainement un peu de hip-hop dans tout cela. 


K: Comment expliquez-vous que l’œil soit un symbole aussi récurrent en ce moment ?
K+G: Peut-être parce que nous sommes des êtres humains dont le fonctionnement repose principalement sur la perception visuelle. C’est ce que nous voyons que nous savons et ce à quoi nous nous fions. L’humanité a toujours semblé vouloir posséder un œil ou un prisme ouvert sur tout, protecteur et omniscient. 


K: KENZO est synonyme de voyage. Quelle est votre ville préférée et pourquoi ?
K+G: Nous adorons Berlin où nous sommes établis, la partie asiatique d’Istanbul où nous avons nos « amis » – Lahmacun et Raki –, et Saigon pour sa géniale gastronomie, ses circuits de mobylettes et son atmosphère vibrante, sans oublier São Paulo pour sa moiteur et sa poussière qui vous enveloppe. 


K: Si vous aviez le choix, où iriez-vous là, maintenant ?
K+G: Dans le Star Gate de "2001" ou dans "Solaris". En comparaison, la Terre perd son intérêt photographique en moins de deux secondes. Enfin, jusqu’à ce que vous conceviez chez Kenzo une casquette de la taille du globe… Mais on le sait bien, ce n’est pas demain la veille. A moins que le fantôme de Buckminster Fuller ne vienne visiter votre bureau et n’y dépose un croquis de la chose. 


K: Quels sont vos projets pour la saison à venir ?
K+G: Référons-nous à Alphaville et faisons en sorte d'être "big in Japan" !

 

Brianna Capozzi, photographe basée à New York, a réalisé une série assez épique autour de la collaboration KENZO x VANS de la saison. Elle joue avec les imprimés iconiques de la collection automne-hiver : Lightning Bolts, Clouds et Flying Tigers.

Kenzine vous dit tout à son sujet...

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KENZINE: Comment tu décrirais ton travail ?
BRIANNA CAPOZZI: Mon travail concerne moins l'aspect technique de la photo que l'idée de faire une image. Ce qui m'intéresse c'est de créer une histoire et le stylisme est extrêmement important. Je m'occupe souvent beaucoup des vêtements sur mes shootings, beaucoup des mannequins également. Je demande constamment à des inconnus dans la rue de poser pour moi. Ca m'intéresse beaucoup de créer un personnage basé sur leurs personnalités. Quand je rencontre quelqu'un je sais immédiatement quel personnage je voudrais qu'il ou elle incarne et j'ai besoin de shooter immédiatement, dès le lendemain. Longtemps il n'y avait que moi et un mannequin sur mes shoots. Je gérais le stylisme, les cheveux, le make up moi-même, ça m'a permis de développer une esthétique vraiment personnelle.

 

K: Qui t'a influencé ces dernières années ?

B. C.: Ma plus grande influence a été mon école. J'ai suivi un super programme à la Parsons pendant 3 ans avec Pascale Gatzen. C'est l'une des plus grandes artistes et le mentor le plus inspirant que j'ai rencontré. Elle m'a enseigné de ne pas se laisser enfermer par des règles et d'aller là où j'avais envie d'aller. Ca a eu beaucoup d'impact sur ma façon de créer et sur le processus que je suis pour produire mes images. Susan Cianciolo et Sarah Aphrodite, de merveilleuses artistes et fashion designers, ainsi qu'Antek Walczak, l'un des membres de Bernedete Corporation, m'ont également appris à suivre mes envies. Ces personnalités-là ont fait sauter pas mal de barrières ! Ils continuent d'ailleurs. La création ne se contrôle pas vraiment, c'est l'une des erreurs les plus fréquentes que les gens font. Quand on la laisse plus libre, on obtient toujours quelque chose de réellement original.


K: Quel est le concept de la série ?
B. C.: Le concept de la série-  et j'espère que c'est évident - est le suivant : ce sont des miss-météo qui traite de la la pluie et du beau temps de façon quelque peu épique !

 

K: Tu as ta propre façon d'utiliser les mannequins, est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?

B. C.: Julia (styliste de la série KENZO x VANS) et moi sommes assez fans d'une esthétique passéiste que l'on souhaite recréer sans cesse. Ici, on voulait que les filles aient ce côté un peu 80s et 90s et Clark et Nico ont réalisé des make up et des coiffures parfaitement cohérentes du coup. Et puis je shoot encore en argentique donc j'imagine que ça a son effet sur les mannequins aussi. 


K: Est-ce que tu avais une référence de série ou de film culte en tête pour cette série ?

B. C.: Non, pas du tout. Pour ce shoot, j'ai passé un temps fou à regarder les infos. J'ai enregistré les chaînes météo tous les jours, pour les regarder la nuit. Ma mère aurait été fière de mon degrès de connaissance sur le sujet ! J'ai aussi beaucoup regardé de journaux télévisés des années 80 sur internet parce que je savais que j'avais envie de cette touche un peu datée. Ed Benitez a enfoncé le clou avec sa contribution graphique, donnant encore plus de relief à ce côté cheap que je recherchais. Ca a vraiment amené une valeur ajoutée aux images. Je suis consciente en revanche que certaines images ont un côté très "Sauvés par le gong" mais ça ne me dérange pas du tout.

 

K: De quelle façon utilises-tu l'humour dans ta photo ou comment joues-tu avec les images ?


B. C.: C'est une chose qui se passe naturellement. Il y a beaucoup d'humour dans ma vie donc je pense que ce serait difficile que ça ne transparaisse pas dans mon travail. J'aimerais toujours plus quelque chose qui est drôle que quelque chose qui ne l'est pas. 

 

K: Est-ce que tu es plus une fille de l'automne, de l'hiver, du printemps ou de l'été et pourquoi ?
B. C.: De l'été. L'un de mes rêves est justement de tout plaquer pour partir à Hawaï surfer toute la journée. Je suis cette surfeuse pro, Alana Blanchard, sur Instagram et c'est dingue ce que sa vie est cool ! Sa combi orange est démente. Je rêverais de la shooter. 


K: La parfaite chose à faire lorsqu'il pleut ?
B. C.: C'est super de rester seul et de s'occuper sans parler à personne.

 

K: 
KENZO parle beaucoup du voyage, quelle est ta ville préférée et pourquoi ? 

B. C.: J'ai eu un petit mouvement de recul tout en le disant mais je crois que c'est vraiment New York !

 

K: Est-ce que tu photographies ou que tu intagrammes le ciel ?


B. C.: Pas vraiment, j'instagramme plutôt des fesses !


K: Où est-ce que tu irais si tu pouvais aller n'importe où là ? 

B. C.: Dans n'importe quel endroit tropical !


K: Quels sont tes projets pour cette saison ?


B. C.: Julia et moi avons mis en stand by un gros projet perso pour travailler sur la série donc on va se remettre là-dessus. Vous verrez ;) <3

 

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