Tête à tête avec TOILETPAPER - Kenzine, le blog officiel de Kenzo

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Mathilde Agius est une jeune photographe suisse basée à Zürich. Elle nous livre ici un instantané de sa personnalité et nous parle de "Max et les Maximonstres", de l'ECAL et du sambol à la noix de coco...

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KENZINE : Pourrais-tu te présenter ? Comment décrirais-tu ton style en 3 mots?
Mathilde Agius : Je m'appelle Mathilde et j'ai 26 ans. Un peu coucou.

 

K : Est-ce que des artistes en particulier ont influencé ton travail ?
M.A. :Mon premier livre de photographie est une monographie de l'artiste Suisse Urs Lüthi que j'ai reçu quand j'avais 12 ans. Il s'agit d'une édition oblongue publiée en 1978, avec sur la couverture deux polaroids sur lesquels on voit respectivement une mappemonde et l'artiste torse nu gonflant une bulle de chewing-gum. Je pense que le ton et l'humour de Lüthi m'ont beaucoup marqués et la question "Comment faire quelque chose de beau, sensible, et drôle à la fois?" est centrale dans mon travail.

 

K : Tu viens de réaliser une série de photographies autour de l'imprimé Monster pour le blog de KENZO, peux-tu nous en parler ?
M.A. : L'idée de départ de la série était d'aborder l'aspect mécanique et fragmenté de l'imprimé Monster, à l'aide de répétitions, d'erreurs et de rythmes en contre-temps. J'ai essayé de créer un personnage à la fois sensuel et stricte permettant de faire dialoguer ces deux aspects de la femme KENZO.

 

K : Tu sais que la collection automne-hiver 2014 a été inspirée par l'oeuvre de David Lynch, est-ce que - comme Carol et Humberto- tu es, toi aussi, fan de Twin Peaks ou Mulholland Drive ? Est-ce que ses films ont pu influencer ton travail ?
M.A. : Isabella Rosselini est magnifique dans Blue Velvet. J'admire la manière dont David Lynch dépeint les personnages féminins : leur complexité, leur faiblesses, leur forces, et bien sûr leur folie.

 

K : Si on te dit "monstre" qu'est-ce que cela t'évoque ? Une créature en particulier ? Une peur ? Une angoisse?
M.A. : Je pense instinctivement aux protagonistes de ce livre que j'aimais beaucoup quand j'étais enfant "Where the Wild Things Are" (Max et les maximonstres en français) de Maurice Sendak. C'est l'histoire d'un petit garçon qui se déguise en loup pour commettre des méfaits avant d'être puni dans sa chambre où il rencontre d'autres monstres.


K : Comment définierais-tu l'étrangeté qui caractérise la marque KENZO aujourd'hui?
M.A. : Electrique, fluorescente, à la manière d'un néon cassé dont la lumière vacillerait.

 

K : Comment as-tu exprimé cette idée à travers ta série ?
M.A. : Les superpositions d'images sont une forme de vacillement.

 

K : Tu as choisi de travailler avec Marie et Masha qui sont très différentes. Comment définierais-tu la femme KENZO et du coup qu'est-ce qui pourrait les rassembler ?
M.A. : La femme Kenzo est décidée et rigoureuse, tout en étant sensuelle. Un peu sauvage. Masha et Marie possèdent chacune ces qualités à leur façon.

 

K : Quelle est ta pièce préférée de la collection automne-hiver ?
M.A. : Cette veste sans manche à multi-zips à cause de son pouvoir hypnozipant.

K : Il semble que les photographes qui sortent de l'ECAL se démarquent des autres aujourd'hui. Selon toi qu'est-ce qu'on vous apprend à l'ECAL qui vous différencie ensuite des photographes formés en France ou en Angleterre par exemple ?

M.A. : L'ECAL a les moyens d'inviter panel d'experts dans différents champs tout en restant accessible à tous. L'infrastructure technique de l'école est aussi exceptionnelle.

 

K : Comme toi, beaucoup de jeunes photographes ont envie de revenir à l'argentique. Qu'est-ce que la pellicule amène en plus à ton travail ?
M.A. : La pellicule, ou plutôt la chimie qu'elle contient caractérise pour moi la forme pure de la photographie. Ce procédé magique de la lumière qui se matérialise sur un support physique me fascine. C'est une surprise fantastique à chaque fois que je découvre mes négatifs.

 

K : Cinq endroits que l'on doit absolument voir en Suisse ?
M.A. : Il y a beaucoup d'endroits magiques en Suisse. Pour n'en citer que deux je mentionnerais ma Genève natale d'où le ciel apparait toujours différent et dramatique en raison de sa situation géographique et la région située entre Vevey et Montreux d'où l'on peut voir les Alpes se refléter sur le Lac Léman.

 

K : Le morceau de musique qui caractériserait le mieux ta série ?
M.A. : Makigami Koichi - Egoe‬.


K : La couleur ?
M.A. : Un turquoise foncé assez proche d'un bleu sur lequel il serait difficile de tomber d'accord.


K : L'odeur ?
M.A. : Un mélange de coriandre et de laque à cheveux


K : Le sentiment ?
M.A. : La surprise de tremper ses pieds dans l'eau fraîche de la mer.


K : Le plat ?
M.A. : Un sambol de noix de coco

 

Découvrez ci-dessous quelques photos choisies et rendez-vous sur son site pour découvrir plus en détail son travail.

 
Novembre Magazine printemps-été 2014.

 Novembre Magazine printemps-été 2014.

Dorade Magazine en collaboration avec Reto Schmid.

Original Design et Ugo Pecoraio.

John Armleder pour Kaleidoscope printemps-été 2014.

Fatima Al Qadiri est une artiste et compositrice basée à New York. Elle a composé pour KENZO la bande son du défilé homme automne-hiver 2014 et son morceau Szechuan, extrait de l'album Asiatisch, accompagne notre Expérience Fall 2014. On s'est entretenu avec elle pour parler de sa musique mais aussi de ses inspirations.

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Kenzine : En parallèle de ta carrière solo sous ton propre nom tu as aussi de nombreux projets comme AYSHAY ou encore ta collaboration avec Visionist. Dernièrement tu as créé Future Brown avec J-Cush et Nguzunguzu, duo qui a composé la bande son de notre défilé KENZO en 2012. Penses-tu que les collaborations avec d’autres artistes sont importantes pour faire évoluer ta musique ?

Fatima Al Qadiri : Les collaborations se font naturellement et j’essaye d’ailleurs de ne pas trop m’attarder sur la façon dont ça arrive. Par contre, Future Brown est un projet que je considère un peu à part, comme une évolution, en raison du nombre d’artistes impliqués.


Kenzine : Peux-tu nous parler de la manière dont tu as abordé la bande son pour le défilé homme KENZO automne-hiver 2014 ? On y retrouve des morceaux de ton album Desert Strike.
Fatima : Ce projet s’est fait avec Carol et Humberto avec qui j’ai discuté en personne et qui ont décidé quels morceaux choisir. Ils ont eu une approche rapide et concise de ce qu’ils voulaient. C'est l'approche que je préfère !


Kenzine : Les collections KENZO printemps-hiver dessine le mystère de la région nord-ouest pacifique des Etats-Unis, en s’inspirant de la manière dont David Lynch dépeint cette partie du monde à travers Twin Peaks. Est-ce que c’est un endroit que tu connais bien ?

Fatima : La seule ville de la côte ouest où je suis déjà allée est Los Angeles. En revanche, Twin Peaks est une série culte partout dans le monde et qui inspire bon nombre d’artistes.

 

Kenzine : Ton morceau Szechuan extrait de ton nouvel album Asiatisch accompagne notre expérience 3D KENZO Fall. La dernière collection imaginée par Carol et Humberto s’inspire de leur vision presque idéalisée de la ville de Paris, telle que vu pour la première fois par un étranger ou un touriste. Ton album est un album concept et fonctionne un peu sur le même principe, pourrais-tu nous en dire un peu plus ?

Fatima : Je dirais effectivement que cet album se focalise sur le regard extérieur que je porte sur la Chine mais en plus de cela je dirais aussi que c'est une sorte de mutant colonial et postcolonial. Mes références se basent sur toutes les choses produites par les médias occientaux autour de la Chine et les différents stéréotypes qui lui sont attribués. En fait, cet album a commencé par accident. Les artistes Shanzai Biennial m’avaient demandé de faire une reprise acapella de Nothing Compares de U2 dans un mandarin fantaisiste mais je n’ai pas vraiment respecté leurs consignes. L’album trouve sa genèse dans cet écart de conduite.


Kenzine : Chez KENZO, la curiosité anime tout ce que nous entreprenons. Ta musique semble également puiser son essence dans une certaine curiosité. On imagine que tu voyages beaucoup mais est-ce que tu trouves qu’internet est le meilleur moyen d’avoir accès à d’autres cultures.

Fatima : Internet est une plateforme qui permet d’accéder à d’autres cultures mais de façon détachée sans en ressentir leurs aspects sensuels qui sont justement les plus intéressants.

 

Kenzine : Quelle est la ville qui t’inspire le plus ?

Fatima : New-York.


Kenzine : Pourrais-tu te décrire en une phrase ?

Fatima : Opérant sur des modèles intuitifs.


Kenzine : Quelle est la dernière chose que tu aies vu, lu ou entendu et qui t’ait touché ?

Fatima : Aller à Dia Beacon. On y ressent une atmosphère qui mélange spa et crématorium. Cauchemardesque. 

Julien Ceccaldi est l'artiste Québécois qui a créé pour nous les illustrations des douze signes de l'horoscope KENZODIAC.  Nous nous sommes entretenus avec lui pour en savoir un peu plus à son sujet et découvrir ses bonnes adresses à Montréal.

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KENZINE : Quelle est ton signe astrologique et comment le définirais-tu ? 

Julien CeccaldiComme Conchita Wurst et Charles Manson, j'ai le soleil en Scorpion et l'ascendant en Taureau (deux opposés polaires). Cette combinaison donne un pouvoir satanique, de l'endurance morale et beaucoup d'orgueil.

 

K : Quel signe as-tu préféré illustrer ? Pourquoi ? 

J.C.Je me faisais rire en dessinant la main du Lion, elle fait un signe de griffe, mais c'est aussi le signe de ralliement des fans de Lady Gaga. Je suis aussi assez fier du rendu de l'eau dans le logo, et les signes Verseau et Poisson.


K : Est-ce que tu penses que les mangas correspondent à une certaine idée de la femme KENZO ?

J.C. : La marque dégage un esprit pop qu'on retrouve dans l'univers du manga. Par exemple, je vois une réinterprétation graphique de la vague d'Hokusai dans la collection printemps-été 2014 qui me rappelle une histoire courte de Shôhei Kusonoki (La Promesse, éd. Cornélius). C'est le monologue intérieur d'un vase abandonné dans un courant d'eau, où les vagues glissent dans tous les sens sur la surface de la page.


K : Quelles sont tes inspirations ? Il y a t-il une idée particulière que tu désires véhiculer à travers ton travail ?

J.C. : Dans mes bandes dessinées, je reprends des bribes de conversations entendues ici et là, dans un café ou dans des vidéos Youtube - des situations où l'on espère contrôler l'image qu'on projette. Tout le monde peine à se représenter et à se faire accepter tels qu'ils sont.


K : Les voyages sont au coeur de l'inspiration chez KENZO. Quels sont les endroits dans le monde que tu préfères ? 

J.C. : Tout devient limpide dans ma tête à chaque fois que mon jet privé atterrit à Los Angeles. J'adore Biarritz, en hiver surtout. Je n'avais jamais réalisé à quel point j'aimais la plage jusqu’à cet été, mais rappelons-nous que le Scorpion est un signe d'eau.

 

K : Tu habites à Montréal, une ville multiculturelle à bien des aspects. Peux-tu nous donner quelques bonnes adresses ?

J.C. : Tout en haut de ma liste, je mettrai la Librairie Drawn & Quarterly (211 Bernard Ouest). On y trouve toutes les bédés éditées pas la maison d'édition du même nom, mais pas seulement. Juste en face il y a, un tout petit resto vegan. Je suis aussi un gros glouton quand il s'agit des pâtisseries de chez Maestro, qui est à cinq minutes de marche de ce coin-là. Le soir, j’essaierais de me trouver là où joue DJ Babi Audi.

 

K : Pour la saison automne-hiver 2014, KENZO s'inspire beaucoup du travail de David Lynch que l'on connait beaucoup à travers ses héroïnes. Quelles sont les héroïnes qui t'inspirent ?

J.C.Fukiko-sama, dans le livre Très Cher Frère (Ryoko Ikeda, ed. Asuka) et dans la série animée du même nom, est la reine de son lycée. Elle est élégante, digne, froide et autoritaire. Mais sous son masque de fierté, elle pleure encore un amour qui n'a duré qu'une semaine, quand elle était une petite fille. Le garçon en question était l'ami de son grand frère, il lui avait lu un sonnet de Shakespeare sur lequel il devait écrire une dissertation. Elle dit avoir vécu en un seul été la quantité totale d'amour qu'on peut avoir en une vie.

Je suis aussi fasciné par les héroïnes de Catherine Breillat, qui font souvent preuve d'un esprit "tout ou rien" similaire, sauf qu’elles ne font pas preuve de ce genre de restreinte paralysante. Au contraire, leur grâce se trouve dans la manière dont elles défient cette idée que l'amour et les corps sont quantifiables.


K : Quel est l'icône KENZO qui te correspond le mieux, le tigre, l’œil ou le poisson ?

J.C. : Je dirais l'œil, parce que comme n'importe quel fan de manga, il m'est arrivé de remplir des pages et des pages d'yeux, pas de visages, même pas de nez, juste des yeux, énormes et avec pleins de reflets.

 

Découvrir ce que les astres vous réservent en août sur KENZODIAC...
 

Kenzine s'est entretenu avec Micol Talso, Pierpaolo Ferrari et Maurizio Cattelan de Toiletpaper Magazine après leur shoot pour notre campagne automne-hiver 2014.

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Kenzine : Dans cette campagne, on retrouve de nombreux éléments relatifs à l'irruption et à la convoitise. Que pourriez-vous nous dire à ce sujet ?

Toiletpaper : Les meilleurs choses arrivent quand vous les voulez vraiment, c'est la règle de base du succès... mais pénétrez là où vous n'avez pas été invité et quand même bien plus intéressant !

 

Kenzine : Quel est l'accessoire du décor que vous préférez ?

Toiletpaper : Le diamant 24 carats !

 

Kenzine : Quelle pièce de la collection vous a vraiment fait vibrer ?

Toiletpaper : Les tons acides, jaunes et verts... Il y a aussi quelque chose d'assez effrayant mais de résolument joli dans les motifs des pulls. On ne peut pas s'empêcher de penser qu'ils seraient parfaits dans un remake du film Psycho.

Kenzine : Quels morceaux est-ce que vous jouiez pendant le shoot et plus important : qui-est ce qui les choissisez ? 

Toiletpaper : Du moment où la musique est en raccord avec le shoot tout nous va ! N'importe quel DJ en herbe a le droit d'exercer ses talents dans notre studio !

 

Kenzine : Quelle a été la dernière chose que vous ayez vu, lu, entendu ou ressenti et qui vous ait ému ?

ToiletpaperHal 9000 chantant, doucement : "Dai-sy, dai-sy, give me your answer true. I'm half cra-zy, o-ver the love of you. It won't be a sty-lish mar-riage, I can't a-fford a car-riage. But you'll look sweet upon the seat of a bicycle - built - for - two". A pleurer.

Kenzine : On va jouer à un petit jeu d'association d'idées. Ecrivez la première chose qui vous passe par la tête à côté des mots suivants :

 

Toiletpaper :

Jambe - Banane
Neon - Violet
Paris - Lit
Routine - Dormir, travailler, prier, danser.
Hashtag - Au suivant.
Crépuscule - Flou.
Sourcil - Sandwich
Festin - Chpaeau
Forêt - Paix
Toujours - Amour
KENZO - Forever

KENZO a eu le plaisir de collaborer avec Shabazz Palaces, collectif hip hop de Seattle, pour Dawn in Luxor' - la vidéo printemps-été 2014 réalisée par Kahlil Joseph.  Nous avons demandé au leader du groupe, le légendaire Ishmael Butler, ses impressions sur la Californie et son processus créatif.

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KENZINE : Peux-tu nous dire quelques mots sur Shabazz Palaces et ceux qui collaborent avec le groupe ?
Ishmael Butler : Les collaborateurs de Shabbazz représentent les Pléiades noires : Fly Guy Dai, Cat and Stas, Maikoiyo Alley-Barnes, Nep Sidhu, OCNotes, Blood, Thadillac, Kahlil et puis tous les autres. Nous avançons parmi les étoiles ; nous venons au nom de WE, style flamboyant et arborant diamants, indomptés et confiants.

 

K : Tu as déjà travaillé aux côtés de Kahlil Joseph pour ta vidéo « Black Up ». Quelques mots sur votre collaboration artistique ?
I.B. : Kahlil est comme Lester Young ou Charlie Parker ; ses improvisations sont vouées à devenir de nouvelles règles, il se pose des questions auxquelles on ne peut trouver de réponse. Il explique les choses de 500 façons différentes en même temps. Tel un joueur de basket acharné, il cherche sans cesse une ouverture, un passage, une brèche inattendue qui lui permettra de marquer un panier. Le ballon est une idée, l’anneau du panier un portail vers l’infini. C’est toujours un attaquant. Un intime de la beauté, ils se comprennent, se saluent mutuellement.

 

K : Tu étais signé chez le label SubPop de Seattle et à présent tu déniches de nouveaux talents pour eux. Ca te fait quoi ?
I.B. : Nous sommes une secte musicale dont le but ultime est de dominer le monde. Nos principes fondateurs sont la musique et le sexe. Mon initiation fut fastidieuse et brutale en termes de temps (elle a duré 19 heures) et quand je me suis réveillé à mon bureau dans mon box, des animaux des bois au visage humain me souriaient, le ciel était orange et j’ai reçu un t-shirt de Mudhoney. Et puis ma braguette était ouverte.

 

K : Carol et Humberto, les directeurs artistiques de KENZO, viennent de Californie et cet État de l’Ouest a été l’influence majeure pour toute la collection printemps-été 2014. C’est un endroit paradoxal, où les villes tentaculaires sont entourées de montagnes, de forêts millénaires et de l’océan. Quels aspects de la Californie te fascinent le plus ?
I.B. : Le soleil et son pouvoir séducteur, rajeunissant et la couche de lumière et de chaleur qu’il confère à la psychologie des gens. Les routes infinies et le smog quotidien, brûlant. La côte léchée par les vagues du vaste océan. Les femmes.

 

K : As-tu déjà habité à Paris ? Qu’en as-tu pensé ?
I.B : J’ai dû habiter à Paris dans une autre vie, je m’y sens bien, comme chez moi. Quand j’arrive là-bas, une autre partie de moi, ancienne, s’éveille, et je ne peux pas rester à l’intérieur, il faut que je sorte.

 

K : Quelle est la dernière chose que tu as vue, entendue ou sentie qui t’a ému ou stimulé ?
I.B. : Ma fille au téléphone, qui m’a dit : « bonjour papa ».

Après avoir assisté aux trois concerts organisés pendant notre weekend à Hyères, KENZINE a eu le plaisir de s'entretenir à Paris avec Laurence Alvart, la fondatrice de l'agence Stage of the Art, qui s' est occupée de la programmation musicale du Festival de mode et de photographie de Hyères.

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Photo par Filep Motwary.

 

KENZINE : Pourrais-tu décrire avec tes propres mots ce qu'est Stage of the Art ?

 

Laurence Alvart : Stage of the Art est une entité dédiée à la création musicale et qui a pour vocation de favoriser les synergies entre la musique et d’autres domaines de création comme la mode, l’art contemporain ou encore le cinéma.


K : Peux-tu nous expliquer comment a débuté la collaboration entre Stage of the Art et le festival d'Hyères?

 

L.A. : Nous avons toujours aimé suivre le festival. Notre collaboration a démarré pour l’édition de 2011 suite à une rencontre coup de cœur avec Jean Pierre Blanc, le directeur du festival. Notre envie était d’apporter un « petit plus » au festivaliers,  un temps de « pause musicale » au rythme soutenu entre les tables rondes, les expositions, vernissages, défilés, rencontres, délibérations. Nous partageons aussi la même philosophie que le festival : aller dénicher et faire découvrir des jeunes talents en devenir.

Portrait de Jaako Eino Kalevi en trench KENZO waves, par Giasco Bertoli.

 

K : Chlöe Howl, Jakko Eino Kalevi et C.A.R. sont les artistes qui étaient invités à Hyères cette année. Comment les as-tu choisis?

 

L.A. : C’est plus de l’ordre du feeling, du coup de cœur. Nous programmons les concerts avec l'équipe du Red Bull Studios Paris, et nous essayons de dénicher des artistes avant leur explosion médiatique. Nous sommes fiers d’avoir fait jouer Connan Mockassin, Les Shoes avec un featuring surprise de Woodkid, encore inconnu à l’époque, les Citizens !, Totally Enourmous Extinct Dinosaurs, Eugene Mc Guinness, et PEREZ découvert en 2012, qui poursuit l’aventure cette année avec une résidence de création à la villa Noailles. Nous essayons aussi de choisir des artistes qui plaisent au public du festival et qui peuvent faire opérer la magie dans l’enceinte emblématique de la Villa Noailles et de ses jardins. Cela a été le cas cette année avec les trois artistes dont nous sommes très fiers. Chlöe Howl a très bien marché avec la cérémonie d’ouverture, Jaako Eino Kalevi nous a livré un concert splendide aux jardins suspendus et C.A.R. a envoûté les festivaliers.

 

K : Le festival d'Hyères offre un moment de soulagement pour les gens qui travaillent dans le milieu créatif, pour faire des rencontres et pour échanger. Dirais-tu que tu es d'accord?

 

L.A. : Oui bien sûr, c’est un endroit où l’on arrive plus facilement à rencontrer et à parler à des gens qui peuvent êtres inatteignables à Paris. C’est aussi un moment dédié à la découverte de la jeune création, ce que l’on ressent très fortement ici, et cela permet vraiment d’ouvrir beaucoup de perspectives.  C’est d’ailleurs cet esprit de découverte qui fait le succès de ce festival et qui fait que chaque année autant de gens aiment y revenir. Sur un plan personnel, même si l’on travaille évidemment beaucoup sur les concerts, le festival nous apporte de nouvelles idées, de nouvelles envies de projets, de nouvelles rencontres.
 

 

A gauche : C.A.R. par Filep Motwary

 

K : Est-ce que tu as eu la chance de voir les collections des concurrents pour le Grand Prix mode, dont Carol et Humberto étaient présidents du jury?

 

L.A. : Oui bien sûr, on a eu nos petits coups de cœur. Nous avons trouvé les lauréats très talentueux ! Nous avons nous même eu un coup de cœur pour Yulia Yefimtchuk et Coralie Marabelle. Nous trouvons que chaque année ces jeunes ont déjà beaucoup de talent et que leur travail est déjà très assez abouti et professionnel. Il y a des créations tellement belles…

 

K : Ton coup de cœur à Hyères?

 

L.A. : Enorme coup de cœur pour l’exposition éphémère de Marc Turlan et ses nouvelles oeuvres et bien sûr également pour l’exposition KENZO FOREVER, NO ? Coup de cœur aussi sur les moments musicaux : les trois concerts nous ont beaucoup émus. Chacun était très différent. On remercie d’ailleurs KENZO d’avoir habillé notre beau Finlandais Jaakko Eino Kalevi et son groupe.
 

 

En haut : Jean-Pierre Blanc pendant un concert aux jardins suspendus ; photo par Filep Motwary.

 

K : Quelle est la dernière chose que tu as vu, entendu, lu ou senti qui t'a inspiré ou stimulé?


L.A. : De nombreuses découvertes nous inspirent et nous stimulent régulièrement… Quelques uns de nos récents coup de coeur:


 - Le prochain album de Damon Albarn, artiste qui a toujours su se renouveler et rester dans l’ère du temps. Ces multiples collaborations et projets nous stimuleront toujours!


 - L’exposition Christopher Wool à New York au Guggenheim


 - Les dernières œuvres de Marc Turlan exposées en avant-première pour le 29 è festival international de mode et de photographie à Hyères.


 - Le restaurant CERVICHE à Londres (merci a Guillaume S. pour la decouverte!), et de manière générale l’ambiance créative rafraîchissante de Londres ou de New York.

Pendant le festival d’Hyères, KENZINE a passé un petit moment dans l’escalier aux couleurs napolitaines de la Villa Noailles en compagnie de Charlie Engman, qui collabore aussi avec KENZO. Il venait d’apporter la dernière touche à son exposition intitulée La Romaine.    

 

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KENZINE : Jean-Pierre Blanc t’a invité à faire une série photos dans la Villa Romaine de Hyères, qui a récemment été abandonnée. Dis-nous comment tu as abordé ce projet…


Charlie Engman : Ce travail a une place différente par rapport à ce que je fais d’habitude. Généralement, je ne travaille pas de cette façon quand c’est un projet spécifique, mais j’étais intrigué. Quand le festival m’a invité à venir voir La Romaine, ils m’ont vraiment donné carte blanche, en me disant que la maison était à moi, que je pouvais y faire ce que je voulais, même si c’était pour seulement en investir un coin minuscule. Je n’étais pas obligé de faire figurer la maison. Mais elle était juste tellement impressionnante, elle était tellement inspirante, même dépouillée de ses meubles et de ses attributs, que du coup cela a fait inévitablement partie du processus narratif. 


K : La Romaine est une villa gigantesque sur les hauteurs d’Hyères, tout comme la Villa Noailles. Quelle impression cet endroit t’a-t-il laissée ?


C.E. : La Romaine a été construite par un homme qui avait l’intention d’ériger le nouveau Versailles. Dans son testament, il l’a léguée à une fondation, qui a vendu à son tour tout ce qu’elle pouvait, en laissant seulement les murs de la maison. Je l’ai trouvée dans cet état. Toutes les personnes que j’ai photographiées habitent la ville d’Hyères. Il y a dans cette maison une atmosphère d’opulence, mais qui a aussi quelque chose de démodé.  Je crois que la disposition des fruits dans mes photos suggère cette idée. Pour moi, La Romaine est un échec baroque et cela m’a servi de référence. J’ai aussi eu l’impression que cela avait dû être une garçonnière gay un peu étrange : il y a des motifs grecs sensuels, une impression d’homosexualité forcée et embarrassée.

K : Quel est le genre d’énergie qui se dégage de La Romaine ?


C.E. : J’ai une relation ambivalente avec La Romaine. Je dois admettre que je l’ai trouvée assez répugnante personnellement, ce qui a des avantages et des inconvénients pour moi en tant que photographe, parce que bien sûr il y a dans le dégoût quelque chose d’assez excitant aussi. Le fait qu’elle ait été vidée par la fondation et que son propriétaire ait en premier lieu daigné la léguer à la fondation est très déroutant. Le bâtiment était en soi dans un sale état : il y avait de la moisissure partout et c’était très dur de respirer dans la cave par exemple. Personne ne prend soin de cet endroit. C’est l’étrangeté même...unheimlich.


K : Ta série est exposée à la Villa Noailles dans l’escalier qui mène au jardin suspendu. Cet escalier est peint en jaune, il est étroit et tout en longueur : est-ce que cet espace qui t’était réservé a eu une influence sur la façon dont tu as abordé le projet ?


C.E. : Quand je prépare une exposition, j’envisage mon travail d’une façon beaucoup plus formelle que lorsque je prépare un shooting mode. Mais pour être honnête, je n’ai pas vraiment songé à l’espace qui m’était réservé jusqu’à ce que je procède à la mise en place et il est vrai que la façon dont les photos sont accrochées de chaque côté de cet escalier ajoute une dimension intéressante à mon travail, avec une progression inévitable en montant les marches, en naviguant de gauche à droite et inversement. J’ai commencé à apporter des modifications, réduisant ou agrandissant des tirages, ajoutant un encadrement, un ornement (Charlie Engman désigne alors une boucle d’oreille en forme de chandelier en or, attachée à une photo). À vrai dire, ce sont des accessoires qu’il me restait du shooting, je trouvais qu’ils s’accordaient parfaitement avec les motifs présents sur cette porte ici…

K : Le fait d’utiliser des accessoires est-il un réflexe issu de la photographie de mode ?


C.H. : Je n’envisage pas la photographie comme relevant du documentaire, parce que je crois que ça engendre trop de choses. Bien sûr, on doit faire face à la réalité, c’est un aspect essentiel qui doit être pris en compte. Pour moi, le jeu est quelque chose d’important, tout comme le fait que l’appareil photo est un participant actif du processus. Je trouve ça plus intéressant d’avoir ma main au milieu de l’image directement, que d’essayer de capter un moment « pur » et sincère à distance. Ainsi, peut-être que le sac rempli d’accessoires que j’ai à portée de main est une métaphore qui rend parfaitement compte de mon travail.

K : Quelle est la chose que tu préfères au festival d’Hyères ?


C.E. : Ce que je préfère, c’est vraiment l’énergie qui se dégage. Il y a tellement de générosité, tout est tellement excitant. Ils ont une approche qui laisse beaucoup de liberté aux artistes. Généralement, dans ce genre d’environnement on te dit qu’on te donnera tel ou tel espace, mais l’offre de départ est toujours tempérée par des histoires d’égo et d’économie politique. Bien sûr, je ne pouvais pas faire mes tirages sur du papier en or, mais j’ai eu beaucoup de liberté. En photographie, quand tu dois travailler rapidement, il y a de fait de nombreuses limites. La Villa Noailles déborde d’ondes positives. Personne ne dit « non ». Toutes mes propositions ont été prises en compte, même si elles ne pouvaient pas être menées à terme. La façon dont Jean-Pierre Blanc a conçu ce festival est tout bonnement incroyable : la façon dont il a réussi à attirer des personnes qui sont prêtes à tout donner, à tout partager et qui ont des projets qu’elles veulent vraiment réaliser. Je crois que c’est cette générosité qui pour moi ressort de ce festival et le caractérise. 

KENZINE a rencontré Carol et Humberto au festival de Hyères à la veille du vernissage de l'exposition KENZO FOREVER, NO?

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KENZINE : Humberto, Carol, vous présidez le jury mode pour le Grand Prix de Hyères. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?


H : C’est très excitant, nous sommes ici pour représenter non seulement KENZO mais aussi Opening Ceremony et c’est vraiment passionnant de participer à toutes les étapes du festival : rencontrer non seulement tous ces jeunes designers, mais aussi tous ces jeunes photographes, avec  la possibilité de s’entretenir avec eux individuellement.
C : Avoir la possibilité d’entendre les histoires de ces jeunes designers lorsqu’ils présentent leur collection est une expérience unique. C’est un sentiment complètement différent que de découvrir une collection à travers un lookbook ou seulement quelques pièces.


: Qu’attendez-vous avec le plus d’impatience ce week-end à Hyères?


C : Tellement de choses ! Aujourd’hui les dix designers nous ont montré leur collection et puis c’est formidable de travailler avec le jury qui a été choisi et de voir toutes les autres facettes de ce festival, comme la sélection des photographes en compétition. C’est aussi l’occasion de rencontrer tous ceux qui sont venus du monde entier pour être présents.
H : C’est la première fois que nous venons ici, tout comme les autres membres du jury, et nous prenons beaucoup de plaisir à faire partie de cette tradition du festival que Jean-Pierre Blanc a créé il y a vingt-neuf ans.


K : Quel conseil donneriez-vous aux dix finalistes, ainsi qu’aux autres designers ?


H : J’encouragerais les jeunes designers à envisager leur carrière dans son ensemble. Préparer le design d’une collection et sa présentation est incroyablement grisant mais il faut aussi penser à ce qui vient après, qu’ils souhaitent essayer de se lancer seuls, ou bien qu’ils veuillent trouver une place dans une autre maison.
: Je leur conseillerais également de rester informés et ouverts au monde. Il se passe tellement de choses partout, c’est primordial que votre histoire soit unique. Rester curieux aide à atteindre ce but.


K : Le jury qui vous entoure est incroyablement éclectique et réunit des experts de plusieurs disciplines. Est-ce là la façon dont vous envisagez la mode, un dialogue permanent entre plusieurs cultures ?


H : Nous avons décidé de réunir dans le jury des personnes différentes parce que le plus intéressant dans la mode, c’est l’échange, c’est la communauté que nous avons rassemblée autour de nous. Nous sommes tout à fait convaincus qu’une critique constructive ne vient pas seulement d’une perspective estampillée ‘mode’, l’art, la musique, le voyage, le cinéma, il n’y a pas de limite à ce qui nous inspire. Pour être franc, tous nos projets émanent de conversations que nous avons entre nous ou avec quelqu’un avec qui nous travaillons.


K : Quelques mots sur l’exposition KENZO FOREVER, NO? Nous pouvons y admirer des paires de looks issus des archives de la maison, qui sont installées ici sur des plates-formes pivotantes, en face de looks issus de vos propres collections. Depuis les imprimés cloud et fish jusqu’aux rubans et au color block, ce sont des codes de la maison qui ont été établis par Kenzo Takada. Sont-ils très importants à vos yeux ?


H : Tout à fait. Lorsque Carol et moi avons rejoint KENZO, nous avons proposé notre propre interprétation du style de la maison. Nous avions le sentiment que KENZO avait un véritable impact sur le monde. Nous voulons montrer à travers cette exposition quelques éléments fondamentaux de la marque KENZO et les mettre en regard de ce qu’ils représentent pour nous et pour KENZO aujourd’hui.
C : En ayant les deux côte à côte, c’est vraiment incroyable de voir à quel point Kenzo Takada était innovant et révolutionnaire pour son époque lorsqu’il travaillait dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Plus que tout, les installations binaires que nous proposons sont une façon de renforcer l’ADN de la maison et de montrer que nous sommes constamment tournés vers l’avenir.
H : L’innovation et la technologie sont essentielles dans notre processus de création. Je regarde toujours vers l’avant et je me focalise sur le futur. C’est de cette façon que nous allons emmener KENZO vers l’avenir.


KENZO FOREVER, NO? est ouvert au public à la Villa Noailles de Hyères jusqu'au 29 mai.


Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères

Toni Halonen est le graphiste finlandais qui a créé pour nous les illustrations hautes en couleurs du KENZOPEDIA de cette saison. Nous nous sommes entretenus avec lui pour en savoir un peu plus à son sujet !

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KENZINE : Quelle lettre as-tu préféré illustrer ? Pourquoi ?
Toni Halonen : Jusqu’à maintenant, ma lettre préférée a été le ‘I’. Je me suis beaucoup amusé à mixer l’esthétique de KENZO avec des éléments iconographiques.

 

K : Quel mot aimerais-tu entendre plus souvent ?
T.H. : Lentokonesuihkuturbiinimoottoriapumekaanikkoaliupseerioppilas. C’est le mot le plus long en finlandais, qui se traduit par ‘étudiant sous-officier mécanicien auxiliaire pour le moteur à turbine d’un avion à réaction’. J’adorerais voir quelqu’un le caser dans une conversation !

 

K : Comment as-tu abordé ton travail ?
T.H. : D’habitude je lis le brief et j’essaie de trouver des idées, sans vraiment y arriver. C’est quand je fais quelque chose qui n’a rien à voir que l’idée me vient. Je laisse tomber ce que je suis en train de faire, j’attrape mon stylet et je me mets à dessiner des croquis.

 

K : Quelles sont les valeurs ou les éléments esthétiques que tu partages avec KENZO ?
T.H. : Les couleurs vives, l’humour décalé, les croquis bruts, dessinés à la main. Je n’ai pas vraiment à ‘travailler’ pour faire quelque chose qui corresponde à KENZO, ça me vient naturellement.

 

K : Quel est l'animal KENZO qui te correspond le mieux, le tigre ou le poisson ?
T.H. : Le tigre. C’est en fait mon signe du zodiaque japonais.

 

K : Décris-toi en une phrase.
T.H. : Un mec cool qui habite dans le nord et qui essaie de gagner sa vie.

 

K : Que préfères-tu dessiner ?
T.H. : J’aimerais faire plus de dessins abstraits. C’est certainement une chose à laquelle j’aimerais me consacrer davantage dans le futur.

 

K : Ta police préférée ?
T.H. : Seulement une ?! C’est comme si tu demandais à un DJ de donner son morceau favori ! Mon titre pourrait être ‘In the air tonight’ de Phil Collins et la police ne peut être que Futura (la vieille version), même si je ne l’utilise plus trop.

 

K : Seul sur une île déserte, quelle est la chose sans laquelle tu ne pourrais vivre ?
T.H. : Ma collection de disques.

 

K : Si tu étais une couleur dans un boîte de peinture, laquelle serais-tu ? Pourquoi ?
T.H. : Je serais sûrement une couleur folle et inattendue, comme ces stylos multicolores que tu avais étant petit. Quand tu poussais sur toutes les couleurs en même temps tu pouvais dessiner des trucs dingues !

 

K : Quel est le dernier cadeau que tu as reçu ?
T.H. : Je passais des disques à St Petersbourg et le boss du label local, Kirill, m’a donné des 45 tours géniaux. Malheureusement, après avoir joué toute la nuit et bu de la vodka russe, ils ont mystérieusement disparu…

 

K : KENZO est passionné de voyage, quelle est la ville ou l’endroit qui t’inspire le plus ?
T. H. : Je dois dire que même si j’adore voyager, ma ville natale Helsinki est l’endroit qui m’inspire le plus.

 

K : Ta prochaine destination de rêve ?
T. H. : J’adorerais aller au Maroc, à Marrakech, pour visiter les Jardins Majorelle. J’aime également les tapis marocains qui possèdent une certaine beauté brute et desquels on peut apprendre beaucoup de choses.

 

K : Si tu n’étais pas devenu graphiste, tu aurais été  ...
T.L : J’ai déjà changé de carrière une fois : j’étudiais l’architecture avant d’écouter mon cœur et de m’essayer au graphisme. Ne me fais pas vivre ça encore une fois !

 

Découvrez le travail de Toni :

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TOILETPAPER est de retour cette saison en créant une seconde campagne pour KENZO, teintée de leur sens de l'humour et d'un surréalisme qui est leur est cher.

Ils nous livrent les secrets de leurs photos si particulières.

 

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KENZINE : La campagne automne-hiver 2013 était un franc succès et beaucoup ont même suggéré qu’elle était une des meilleures de l’année… Vraiment pas mal pour une première campagne en équipe ! Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’une campagne est réussie et qu’elle parvient à faire la différence?
Toiletpaper : Les images de Toiletpaper sont faites d’images simples, le genre d’images que l’on peut décrire à des amis à un dîner, sans parvenir cependant à expliquer complètement ce sentiment étrange qu’elles provoquent au creux de l’estomac. C’est la même chose pour la campagne : elle a probablement bien marché parce qu’elle reposait sur cette manière de traiter ce qui nous est familier comme quelque chose de radicalement étrange, et inversement.

 

K : Quels sont les éléments clefs dont vous avez besoin pour créer une campagne pour KENZO (en termes de ton, de couleurs etc…) ?
TP : Il n’y a pas vraiment d’éléments clefs indispensables à chaque fois, car tout changement est bon pour la créativité, alors que la routine ne l’est probablement pas. KENZO est une marque qui correspond à nos idées et à notre vision de la beauté. C’est aussi simple que cela.

K : La première fois où vous avez shooté pour KENZO, je dois dire que l’ambiance sur le set était un peu folle, entre les chevaux, les chatons, le masque d’Humberto… Alors que cette fois-ci, les animaux étaient en plastique. Pourquoi ? Vouliez-vous que cela soit plus sérieux ?
TP : Comme nous l’évoquions tout à l’heure, nous aimons bien de temps en temps tout changer. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être sérieux, puisque ces énormes poissons en plastique sont un vrai attentat au bon goût, non ? 

K : Quel était au départ le brief de Carol et Humberto ?
TP : C’est un sentiment étrange, c’est vraiment difficile de se souvenir comment tout a commencé une fois que le travail est achevé… Nous avons probablement parlé de monastères et de l’Orient, et de musique aussi… mais finalement, le brainstorming continue encore pendant le shooting, indépendamment de là où il a commencé, un peu comme le téléphone arabe.

K : Quelles étaient vos sources d’inspiration ? Un peu d’Hokusai ? Le film noir ? La mythologie ? Le surréalisme ?
TP : Pour réussir un bon plat, il faut mélanger beaucoup d’ingrédients, mais aucun ne doit prendre le dessus sur les autres. Souvenez simplement que dans nos plats, ce qui a l’air bon et délicieux peut aussi vous être fatal… Quand vous goûtez, c’est à vos risques et périls !

 

K : Est-ce que vous avez commencé votre travail avec des dessins, des mood boards, des collages ?
TP : Essentiellement des mood boards et des collages, mais nous devons admettre que probablement la chose la plus difficile quand on travaille avec nous est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre une fois que le shooting a commencé : c’est là où les idées se mettent à fuser, comme des grenouilles qui sautent partout dans une mare.

 

K : Qui fait quoi au sein de l’équipe Toiletpaper pendant le shooting ?
TP : il y a des phases de travail au cours desquelles nous discutons tous ensemble, ces moments de partage sont fondamentaux pour préparer le shooting. Puis, naturellement, les rôles se dessinent. Maurizio est un peu comme un deus ex machina qui réussit toujours à garder une distance idéale par rapport aux images, à les critiquer d’une façon neutre. Pierpaolo a cette capacité d’improviser et de réinventer les choses, de modifier une simple virgule ou tout un set, même des choses qui étaient déjà bien établies. Micol est l’œil esthétique et elle sait comment faire pencher la balance au dernier moment, quand le gâteau est prêt et qu’il ne manque plus que la décoration au-dessus.
Dans tous les cas, le territoire de chacun n’a pas de limite claire, et l’invasion des uns et des autres est plus que bienvenue, car il n’y a pas de règles fixes.



K : Comment était-ce de shooter avec des enfants cette fois-ci? Est-ce qu’ils permettent davantage de créativité, de folie, plus d’énergie ?
TP : Nous sommes nous-mêmes des enfants, donc on n’a pas vraiment senti de différence par rapport à d’habitude.

K : Comment était-ce de travailler avec Devon et Paul ?
TP : ils ont été géniaux ! Ce n’est pas facile de trouver des gens qui jouent le jeu et qui respectent les règles !

 

K : Vous avez influencé de nombreux artistes / photographes / designers… quels sont ceux qui vous influencent ?
TP : Un tas d’artistes, de photographes et de designers ! Et beaucoup de gens tout ce qu’il y a de plus ordinaire ! Nous sommes comme des éponges : on se ballade, on voit des choses qui titillent notre imagination et on les absorbe… C’est pour cela que ce n’est pas facile de remonter jusqu’à ceux qui nous ont influencés à l’origine.

 

K : Quel est le meilleur conseil qu’on vous a donné ?
TP : Choisis un job que tu aimes, et tu n’auras pas besoin de travailler un seul jour de ta vie.

 

K : Un secret à nous confier sur le shooting ?
TP : Nous avons ramené le poisson du shooting avec nous et on le garde dans une piscine gonflable. Il est encore là dans notre bureau !

K : Quelles sont vos pièces préférées de la collection printemps-été et pourquoi ?
TP : Nous aimons tellement tout qu’il nous a été littéralement impossible de faire un choix !

 

K : Que partagez-vous avec KENZO en termes de valeurs et d’esthétique ?
TP : On est tous hauts en couleur et on ne se prend pas trop au sérieux…. C’est là le secret pour continuer à être créatif et jeune dans sa tête.

 

K : Pourquoi est-ce important d’être irrévérencieux ?
TP : Parce que si vous l’êtes pas, c’est que vous êtes déjà mort.