Tête à tête avec DOROTHée PErret

Tête à tête avec Dorothée Perret - éditrice et fondatrice de DoPe Press, une maison d'édition créée autour du magazine PARIS, LA en 2008. Pour Kenzine, elle a écrit un texte inspirant sur Los Angeles et son lifestyle : "Where is LA?".

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KENZINE: Tu habites maintenant en Californie depuis un peu plus d’un an. Qu’es-tu partie chercher là-bas que tu ne trouvais pas à Paris ?

Dorothée Perret: La salade de chou frisé ! [rires] Plus sérieusement, j’ai déménagé à Los Angeles principalement pour des raisons pratiques. Mon mari est américain et nous avons trois enfants, tous nés à Paris. Nous voulions leur permettre de découvrir le mode de vie américain. Nous avons choisi Los Angeles car c’est une grande ville très cosmopolite au croisement des cultures, notamment grâce aux communautés mexicaine et chinoise. C’est une question de perspective. À New York, on est toujours tourné vers l’Europe. Ici, à Los Angeles, l’immersion est totale : on voit le monde autrement. C’est aussi une ville très active sur le plan artistique. Il y a des écoles, des musées et des artistes fantastiques. Nous adorons vraiment cette nouvelle vie.

 

K: Tu as dit que ton magazine Paris, LA était né d’une atmosphère commune à ces deux villes. Peux-tu nous en dire plus sur ce lien particulier ?

D.P.: J’ai toujours eu le sentiment qu’à Paris comme à Los Angeles, les gens font preuve d’une certaine nonchalance et de légèreté. Ici, on appelle ça être « relax ». C’est à cet état d’esprit que je faisais référence.

 

K: Quelle est selon toi la principale différence entre les deux villes ?

D.P.: Il y en a tellement ! Mais la principale, c’est le culte de la voiture. J’ai compris en arrivant ici que conduire influence vraiment le mode de vie et la façon de penser.

 

K: Tu viens de fêter la sortie du dixième numéro du magazine. Comment la relation entre les deux villes a-t-elle évolué au fil des années ?

D.P.: J’ai commencé à faire parler de cette ville il y a environ 6 ou 7 ans et j’ai l’impression que beaucoup de Français et d’Européens viennent s’y installer aujourd’hui. Je me dis que c’était une bonne intuition et que j’ai bien fait de venir ici.


K: Tu vis à Los Angeles, ta directrice artistique est suisse et tes contributeurs viennent du monde entier. Comment gères-tu la publication ?

D.P.: Alexandra (Ruiz) et moi n’avons jamais vécu dans la même ville. En tant que rédactrice en chef, je m’occupe du contenu ; elle gère toute la direction artistique. Nous respectons beaucoup nos tâches respectives. Notre collaboration est basée sur l’écoute et la compréhension, il faut croire que ça contribue à la qualité de notre travail ! Quant à nos contributeurs, c’est à peu près la même chose. Je suis toujours à l’écoute et je fais tout pour qu’ils soient fiers de notre collaboration. Un contributeur satisfait, ça ne coûte rien et c’est toujours bénéfique pour le magazine.


K: Ton projet fait le lien entre deux villes, le concept semble bien adapté à une publication en ligne. Pourquoi conserves-tu une version papier aujourd’hui ?

D.P.: J’ai fait mes armes dans l’édition papier. Je sais qu’aujourd’hui, il serait plus logique d’opter pour le tout-numérique. Mais je n’en ai pas envie. Pour nous, la prochaine étape consiste sans doute à proposer une version numérique de nos livres et du magazine, en plus de la version papier. Quoi qu’il en soit, le papier restera la référence.


K: Peu d’hommes font la couverture et tu as publié un numéro spécial consacré aux artistes féminines. Paris, LA est-il un magazine féministe ? 

D.P.: Je ne suis pas activiste mais je pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour les droits des femmes. C’est l’une des raisons de la création du numéro Women Artists. Mais attention, c’est un homme qui fait la couverture du prochain !

 

K: Los Angeles est le berceau de la Youth Culture et de nombreuses autres contre-cultures aux États-Unis. Peux-tu nous dire pourquoi ?

D.P.: C’est un phénomène qui englobe toute la côte Ouest. Des villes comme San Francisco pour la Beat Generation, ou comme Portland et Seattle pour la scène grunge, sont aussi fortement impliquées dans la contre-culture. L’Ouest, avec ses grands espaces vierges, est par définition le lieu de tous les possibles. 

 

K: En Europe, on voit toujours L.A. par le biais du cinéma. Comment le grand écran influence-t-il la ville en termes de mode ?

D.P.: C’est amusant parce qu’Hollywood est un milieu que je ne connais pas bien. Pourtant, le cinéma n’est jamais loin à L.A. C’est une gigantesque industrie qui fait encore beaucoup rêver et fantasmer.

 

K: La vie est moins chère à L.A. qu’à New York. Ressens-tu l’émergence d’une nouvelle scène artistique à L.A. ? Une nouvelle énergie ?

D.P.: C’est vrai, le monde de l’art est en pleine ébullition ici. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’évoquer ce sujet plus en détails dans mon texte.


K: Avec Carol et Humberto, KENZO est complètement Paris, LA. Qu’est-ce qui te plaît le plus chez KENZO ?

D.P.: Ce j’aime le plus, c’est que Carol et Humberto sont arrivés chez Kenzo avec un profond respect pour le fondateur, Kenzo Takada. C’est rare chez les créateurs qui reprennent une maison. Dans leur cas, on ressent l’influence de la tradition conjuguée à une approche contemporaine. C’est une association parfaitement réussie qui fonctionne très bien.


K: KENZO est synonyme de voyage. Quel sera ton prochain voyage ?

D. P.: Je pars en Alaska avec mon mari pour passer une semaine sur une île au printemps, dans une petite cabane. Ce serait un peu compliqué avec les enfants, alors on ne sera que tous les deux. J’aime la randonnée, la nature et les grands espaces. Un beau voyage en perspective !