Tête à tête avec Hans Feurer

Hans Feurer est un pilier de la photographie de mode. Depuis cinquante ans, il fait le tour du monde pour capturer la beauté sauvage des femmes en lumière naturelle. Hier, à Londres, nous avons organisé une séance de dédicaces, pour le lancement de sa toute première monographie "Exotic Eye" (Damiani). L'occasion pour lui de répondre à quelques unes de nos questions autour de son travail et de la photographie de mode aujourd'hui.

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KENZINE: A l’occasion de la sortie de votre monographie « Exotic Eye » on a vu ré-émerger des images de campagnes KENZO du début des années 80 notamment, pourriez-vous nous expliquer comment s’est bâtie cette collaboration durable avec Kenzo Takada ?
Hans Feurer: J’ai été très touché par la sensibilité de Kenzo Takada dès sa première collection et par son ouverture « multi-ethnique ». Le fait qu’il mêle des éléments africains, hindous, japonais ou chinois dans sa collection. Cette tolérance, cette générosité envers toutes les cultures du monde. Ça m’a tout de suite touché, j’ai adoré son travail dès le début. J’ai eu envie de suivre toutes ses collections, tous ses défilés. Quand Kenzo Takada m’a demandé de réaliser une campagne pour sa marque, il m’a donné carte blanche. Je pense qu’à cette époque-là il n’y avait ni agence, ni équipe en charge de la publicité. Il n’avait pas en tête de concept fixe. Juste un budget. Avec l’aide d’une formidable styliste, Françoise Havan, on a donc décidé de partir quelque part avec une fille pour expérimenter. Dès le début j’ai eu envie de faire des gros plans – et Kenzo Takada m’a laissé très libre sur ce point – des close ups d’yeux, de matières. C’est donc vers cette direction qu’on est partis. Et on a renouvelé l’expérience plusieurs fois, avec des mannequins formidables comme Sayoko ou Iman. C’était idéal.

J’ai beaucoup voyagé, j’ai passé des années en Afrique, en Inde, en Amérique du Sud et j’ai toujours trouvé que les femmes, même aux champs, s’habillaient de façon incroyable, beaucoup plus féminine, avec des couleurs omniprésentes extraordinaires. Aujourd’hui la situation a évolué. Les africains essaient de ressembler à des européens. Même en Inde on a envie de s’habiller comme à Paris.
Dans la photographie aussi les temps ont changés et tout est très léché. On voit rarement des éléments ethniques dans les photos de magazine ou dans les campagnes. Les mannequins se ressemblent toutes un peu. Leur personnalité s’est effacée. Ou disons que ce sont d’autres types de personnalités qui transparaissent. Mais j’ai l’impression, d’après les réactions des gens à la sortie de mon livre, qu’il y a un enthousiasme et une réaction forte au plaisir des couleurs, qu’il y à nouveau de la place pour cette photographie-là.

K: On vous a beaucoup défini comme un pionnier du « street styling », quel est aujourd’hui votre regard sur les street looks, sur les blogs de mode qui fleurissent ?
H. F.: J’ai toujours essayé de photographier des femmes dans la vie, d’essayer de donner l’impression de véracité aux poses dans la rue donc c’est vrai qu’on pouvait me définir comme un artiste de « street photography ». En revanche, je n’ai pas vraiment d’opinion sur ces blogs, je ne les regarde pas. La virtualité est mon ennemi. Moi je suis un grand amateur de la sensualité, de l’humanité et la virtualité et le monde digital m’intéressent peu du coup. 

 

K: Pourquoi publier ce livre maintenant ?
H. F.: Je n’ai jamais publié de livre jusqu’à présent parce que j’ai toujours trouvé que la majorité des livres papier ne rendaient pas justice aux photos qu’ils présentaient et que par ailleurs peu de photos méritaient de figurer dans un livre. Qu’ensuite il y avait beaucoup trop de livres. Là, j’avais beaucoup de séries qui venaient du Vogue ou du magazine anglais Nova, dans les années 70 et 80, et qui avaient un parfum ou une idée particulière qui ont inspirées par la suite beaucoup de photographes connus, du coup j’avais envie de montrer où et comment étaient nées certaines de ces idées.

 

K: Votre style en quelques mots ?
H. F.: J’essaie de projeter des rêves et des envies. De montrer comment une femme pourrait ou voudrait être.

 

K: Vos prochains voyages ?
H. F.: L’Angleterre pour cette signature à Londres, puis la Russie pour réaliser une série sur les Jeux Olympiques, avec entre temps des vacances au Kenya pour aller à la pêche.

 

 

Portrait de Max Vadukul.

Photographies d'Hans Feurer.