TÊTE À TÊTE: QUENTIN JONES

Dans un entrepôt étrangement glacial à l’ombre du stade olympique à l’extrémité est de Londres, l’équipe frissonne pendant que Nadia, une fille magnifique, cogne sans arrêt dans le vide. La réalisatrice Quentin Jones, garçon manqué nonchalant en baskets et veste d’aviateur, bondit dans la lumière des néons et montre une posture de combattante : « un peu plus comme ça ». Le tournage de la vidéo de Quentin pour la pré-collection automne-hiver de Kenzo était une journée surchargée et exaltante. Les films de Quentin montés en stop motion nous passionnent depuis quelques temps maintenant, nous avons donc sauté sur l’occasion de travailler avec elle. J’ai posé quelques questions à Quentin à l’occasion de la sortie du film sur Internet cette semaine.

 

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Rory Satran: Sur le tournage, c’était incroyable de voir à quel point vous étiez précise. Chaque mouvement est justifié. Y a-t-il eu seulement une surprise ou une improvisation pendant les prises de vue ?

Quentin Jones: Chaque tournage présente des moments spontanés – ce sont généralement les meilleurs, mais vous devez avoir méticuleusement prévu tout le reste pour vous accorder la liberté de jouer et de vous éloigner des plans nécessaires.

 



 

 

RS: Tout le monde veut connaitre les bases de votre méthode de réalisation de films montés en stop motion. Pouvez-vous nous décrire très brièvement le processus ?

QJ: Cela consiste à superposer numériquement des éléments animés faits à la main et des images animées de la fille/du sujet. C’est un peu comme recoudre des éléments visuels différents sur une frise temporelle.

 

RS: Votre femme Kenzo est très forte et indépendante. Comment l’avez-vous conçue ? Comment envisagez-vous la nouvelle image Kenzo ?

QJ: Nous avons voulu qu’elle soit élégante, mais qu’il y ait une dureté en elle – c’est une combattante ensorcelante. Je pense que c’est le type de femme qui représente la collection – parfois magnifique et douce avec des imprimés féminins, parfois assez sportive et dure. J’ai pensé que ce serait sympa de la lâcher sur un terrain de jeu urbain, de la voir s’échauffer et jouer avec des cerceaux et d’autres structures.

RS: La très talentueuse Agata Belcen, une de vos condisciples de Cambridge, était la styliste de ce projet. Comment travaillez-vous avec elle ?
QJ: Agata et moi, nous avons maintenant un peu l’habitude de collaborer sur des films, de l’échange d’idées, au début du projet, à la conception des scénarios, en passant par le fait de ne pas trop nous marcher sur les pieds pendant le tournage. C’est elle qui a eu l’idée des gants en rubans pour ce film, qui rendent extrêmement bien.

 

RS: Comment vos études de philosophie influencent-elles votre travail dans la réalisation ?
QJ: Je suppose et j’espère qu’elles influencent la manière dont je résous les problèmes dans mon travail. J’aime penser que j’ai un esprit plutôt analytique et que j’affronte les dilemmes visuels comme autant d’énigmes à résoudre.

 

RS: Nous avons tourné à l’ombre de la construction du stade olympique. Êtes-vous enthousiaste ou effrayée devant l’imminence de ces Jeux Olympiques britanniques ?
QJ: Je n’y ai pas beaucoup pensé, peut-être parce que je ne regarde pas beaucoup la télévision. Cela dit, ça devrait être un bon moment pour être à Londres – avec les fêtes et l’ambiance estivale générale.

 

 

RS: Les films de mode sont un phénomène (relativement) nouveau sur lequel vous surfez incontestablement. Comment un film peut-il accroitre la visibilité d’une marque ? Quels sont les films de mode que vous avez admirés récemment ?
QJ: Je pense qu’un film permet à une marque de créer un moment d’évasion dans un monde où règnent sa vision et sa personnalité. S’il est réussi, le public peut ressentir ce que c’est que de « vivre » cette marque depuis son bureau ou son lit. Il doit être amusant pour attirer de nouveaux publics, et ne doit pas s’arrêter à une simple succession de belles images qui bougent. Deux de mes films de mode préférés sont de Stephanie Di Giusto et Barnaby Roper (mais c’est vrai qu’ils datent un peu !)


 

RS: Où travaillez-vous ? Décrivez la scène : musique, en-cas, équipe, vue ?
QJ: Je travaille dans le studio d’une ancienne usine à Camden, à Londres. Nous sommes sur une mezzanine qui surplombe un autre bureau, et notre espace est rempli de vieux accessoires et de brouillons d’illustrations. Je dirais que ça ressemble plus à un atelier d’artiste qu’au bureau d’un réalisateur. Nous mangeons des M&M’s au beurre de cacahuètes, en ingurgitant des litres de thé Earl Grey. Mon assistante et vieille amie Kamila a bien meilleur goût que moi en musique, alors je la force à préparer des playlists pour le studio… sinon, je la punis avec ma nostalgie des années 90 en boucle.
 

RS: Et vos projets ?
QJ: Comme d’habitude, la plupart d’entre eux sont secrets jusqu’à ce qu’ils sortent – mais personnellement, je veux que chaque projet soit nouveau/différent, et que j’aie au moins envie de travailler dessus… parce qu’ils ont ainsi une chance d’être intéressants pour tout le monde.