"Une expérience cinématographique totale" par ALICE CAVANAGH

« Ce matin, le froid parisien n’a pas empêché les invités de se presser au défilé, quitte à patienter à l’extérieur en se réchauffant avec un mug de café siglé Kenzo. À l’intérieur, un parterre central de maisons de bois avec des toits en tôle ondulée plante un décor industriel décoré de signalisations urbaines.

 

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Continuant à montrer leur attachement à la culture américaine, Carol et Humberto regardent, cette saison, vers le Nord de la côte pacifique et soulignent la culture ouvrière et industrielle de cette région aux paysages époustouflants. L’homme de la collection automne-hiver 2014-2015 KENZO travaille dur mais soigne son élégance. Sa garde-robe est composée de costumes classiques, de pulls confortables, de vestes courtes et de larges cabans. Les incontournables et imposantes bottes de sécurité lui donnent l’allure d’un ouvrier urbain, s’il en est.

Humberto confie à l’issue du défilé : « Nous avons voulu rendre hommage au visage industriel des États-Unis. Tout y est fonctionnel : l’idée que le vêtement est conçu pour une certaine fonction est très répandue. Nous avons donc voulu explorer cette fonctionnalité et montrer que ces objets du quotidien ont aussi leur part de beauté et d’élégance. »
Cette collection se démarque de l’ordinaire, et révèle, dans le plus pur style KENZO, un parti-pris détourné de la culture traditionnelle. Le plaid, étoffe très courante, est revisité avec un imprimé façon néon, quadrillage luminescent tels des tubes électriques. Les « tools creatures », pièces mécaniques présentes dans toutes les boîtes à outils d’ouvrier - écrous, boulons ou encore clous - sont repris dans les motifs en imprimé ou sous la forme de bijoux. Les pulls à torsades, basiques des chantiers du Northwest américain, sont plastifiés et proposés dans une couleur citron vert acidulé qui évoque le fluo des gilets de sécurité.

 

À l’exception de cette teinte plus que saturée en pigments, la palette de la collection est principalement constituée de tons plus minéraux : bruns intenses café expresso ou chocolat, bleus profonds, gris, noir charbon et pour secouer légèrement la collection, des injections lilas. « Notre point de départ, c’étaient les tons bruns » déclare Humberto. « C’est une couleur qui crée chez nous un sentiment d'attraction/répulsion et je voulais vraiment m’en emparer pour l’élégance et la beauté qu’elle dégage. » 

L’imprimé paysage présent sur quelques pièces de la fin du défilé, tranche tout en délicatesse avec ce nuancier de couleurs. Scènes bucoliques campée d'une rivière, silhouette d’une chaîne de montagne ou lune en arrière-plan, ces décors sont appliqués sur des blousons en cuir ou des manteaux longs. Cet imaginaire, s’inspirant des fabuleux paysages du Northwest, du Montana ou de l’Idaho, pays des cow-boys, adopte d’une manière étonnante et tout en douceur des tons entre chien et loup. L’ensemble donne une collection KENZO à l’humeur légèrement sombre, et la bande-son singulière de la new yorkaise Fatima Al Qadiri a fait de la présentation de cette collection un moment totalement spectaculaire».