Le Kenzine huit

Quoi de mieux pour rendre hommage à la Californie, à son esprit cool, mis à l’honneur dans la collection printemps-été 2014 de KENZO, qu’une liste de lecture estivale dédiée à cet Etat ? Nous avons demandé à Jethro Turner, qui fait partie de l’équipe du A Tale of Three Cities, de nous composer une sélection d’ouvrages qui vous transporteront en Californie cet été. 

 

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En 1945, le Zamorano Club, cercle littéraire de Los Angeles qui tient son nom du premier imprimeur californien, a mis au point la liste « Zamorano Eighty », regroupant les titres incontournables qui évoquent la côte Ouest. Nous pensons qu’il est grand de temps de la mettre à jour, donc voici la liste « Kenzine Eight ».

 

Pulp – Charles Bukowski


Né en Allemagne, Bukowski déménage avec sa famille à South Central, Los Angeles, à l’âge de 10 ans. Il travaille d’abord comme ouvrier dans une usine de cornichon puis comme employé à la poste, tout en écrivant à côté, avant de devenir l’un des plus grands hommes de lettre (pardon pour le jeu de mot) du 20e siècle et un pilier du paysage littéraire californien. Œuvre de méta-fiction pulp qui se joue avec ironie des codes du roman policier, le dernier roman de Bukowski, Pulp, publié en 1994, nous en apprend un peu plus sur le regard dévastateur de son auteur : « C’était pas mon jour. Ma semaine. Mon mois. Mon année. Ma vie. Bon Dieu. »  Oui, le temps ne peut pas être toujours au beau fixe. 

 

On the Road – Jack Kerouac


Est-ce qu’on peut vraiment parler de littérature californienne sans évoquer l’œuvre du père de la Beat Generation ? Tapé à la machine en trois semaines sur un seul feuillet, On the Road est un hommage à la voiture, et une ode aux artères goudronnées qui sillonnent le territoire américain. Si le livre évoque la traversée d’Est en Ouest, la Californie est au cœur du roman, des champs de construction navale de Sausalito aux clubs de jazz déjantés de San Francisco, à la blancheur poussiéreuse et aux sols ocres des champs de coton de la Californie du Sud, jusqu’à la folie de Los Angeles. « LA est une jungle », d’après le narrateur Sal Paradise. Kerouac avait clairement le sens de la formule.

 

The Big Sleep – Raymond Chandler


Il s’agit du premier livre où le détective Philip Marlowe apparait. The Big Sleep entraine le lecteur dans un Los Angeles underground, à l’atmosphère morose et aux vapeurs d’alcool. Un vrai concentré de la Côté Ouest, des formules acérées, (« Un bon endroit pour y prendre de mauvaises habitudes »), une intrigue aussi entêtante qu’un bon bourbon. Mais c’est surtout l’écriture, incroyable : «A travers le brouillard qui se dissipait, l’écume tournoyait et bouillonnait comme une pensée émergeant aux frontières de la conscience ».

 

Blonde – Joyce Carol Oates


Question : que dire de plus sur Marilyn Monroe ? Réponse : pas grand-chose, il faut broder un peu. A travers une réécriture semi-fictionnelle de la vie de l’actrice, Joyce Carol Oates livre sa vision aiguisée de la légende de Norma Jean Mortenson. Sous les feux de la rampe, à Los Angeles, l’héroïne peroxydée vécut, aima, et mourut. Comme l’explique le livre, « Le problème, ce n’était pas qu’elle était blonde, ou stupide. C’est qu’elle n’était pas blonde, et qu’elle n’était pas stupide. » Mêlant kitsch hollywoodien et intuitions percutantes, le livre évoque également d’autres célébrités, les maris Joe DiMaggio et Arthur Miller, respectivement surnommés « l’ancien athlète » et « le Dramaturge » et, bien sûr, le président Kennedy.

 

James Franco – Palo Alto


La Californie est un Etat aux multiples facettes : un mélange postmoderne de films, de musique, de livres, de politique, de poésie, de campagnes de mode et ‘General Hospital’. C’est le seul endroit où vous auriez pu imaginer un personnage tel que James Franco. Publié en 2010, ce recueil de nouvelles qui tire son nom de la ville natale de cet acteur aux multiples talents passe d’un narrateur adolescent à un autre, au rythme de leurs aventures vibrantes. « C’était ça le bilan de cette nuit. Des choix avaient été faits, des choses s’étaient passées, et on en était là. C’était à la fois drôle et triste. C’était ça, ma vie. Des trucs comme ça. »

 

(Ndlr.) Maintenant un film réalisée par amie de la maison, Gia Coppola. Voir Palo Alto par Gia Coppola ici.

A Single Man – Christopher Isherwood


Ce livre paru en 1964 se déroule en Californie du Sud et raconte une journée dans la vie de George, un professeur d’université anglais qui vient tout juste de perdre son amant (dont le personnage est librement inspiré du partenaire d’Isherwood lui-même, le peintre Don Bachardy). Composé  dans un style élégant, ce texte regorge de passages mêlant légèreté et réflexions profondes.  A Single Man est sans conteste le classique californien d’Isherwood. Comme le dit George : « J’ai connu peu de moments de lucidité totale dans ma vie. Lorsque, l’espace de quelques brèves secondes, quand le silence noie le bruit, je ressens au lieu de penser, les choses deviennent plus claires et le monde semble neuf. Comme si tout venait tout juste d’advenir à la vie. »

Bret Easton Ellis - Less Than Zero


Le romancier et scénariste de Los Angeles a connu un succès immédiat avec sa première œuvre, qu’il publie à l’âge de 21 ans et qui doit son titre à une chanson tirée du 1er album d’Elvis Costello. En voici le pitch façon Hollywood : lorsque Clay, 18 ans, rentre de son université de la côté Est pour fêter Noël chez lui, tout dégénère. Attendez-vous à des dialogues déconnectés au lieu de conversations et à des riffs endiablés sur le monde de la publicité et de l’automobile du LA des années 80, le tout résumé en quelque motifs récurrents : la phrase « Les gens ont peur de se rencontrer » et un panneau publicitaire indiquant « Disparaissez ici ». On y trouve tous les classiques californiens : les pool parties estivales, les valley girls sous valium et le récit subjectif et distancié des escapades exotiques et sexuelles : « tu es un beau garçon, Clay, et c’est à peu près tout. »

 

The White Album – Joan Didion


« Un lieu appartient pour toujours à celui qui l’a revendiqué le plus, qui s’en souvient avec le plus de force, qui le prend et lui donne une forme, une âme, qui l’aime entièrement, tellement, qu’il le reconstruit à sa propre image », écrit Joan Didion dans « The White Album », un livre dans lequel l’auteure née à Sacramento et diplômée de Berkeley clame haut et fort que son Etat natal lui appartient. Publié en 1979 en un volume, The White Album regroupe des essais mariant style littéraire, guide touristique et journalisme culturel, qui évoquent à la fois la famille Manson, les conférences de presse des Black Panthers et l’histoire du musée Getty. C’est un ouvrage qui célèbre le glamour californien et s’en moque, à l’image des rats qui envahissent l’avocatier dans le jardin de l’auteure. « Nous nous racontons des histoires pour vivre », déclare Didion, en pure Californienne.