Tête-à-Tête avec Ishmael Butler du Shabazz Palaces

KENZO a eu le plaisir de collaborer avec Shabazz Palaces, collectif hip hop de Seattle, pour Dawn in Luxor' - la vidéo printemps-été 2014 réalisée par Kahlil Joseph.  Nous avons demandé au leader du groupe, le légendaire Ishmael Butler, ses impressions sur la Californie et son processus créatif.

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KENZINE : Peux-tu nous dire quelques mots sur Shabazz Palaces et ceux qui collaborent avec le groupe ?
Ishmael Butler : Les collaborateurs de Shabbazz représentent les Pléiades noires : Fly Guy Dai, Cat and Stas, Maikoiyo Alley-Barnes, Nep Sidhu, OCNotes, Blood, Thadillac, Kahlil et puis tous les autres. Nous avançons parmi les étoiles ; nous venons au nom de WE, style flamboyant et arborant diamants, indomptés et confiants.

 

K : Tu as déjà travaillé aux côtés de Kahlil Joseph pour ta vidéo « Black Up ». Quelques mots sur votre collaboration artistique ?
I.B. : Kahlil est comme Lester Young ou Charlie Parker ; ses improvisations sont vouées à devenir de nouvelles règles, il se pose des questions auxquelles on ne peut trouver de réponse. Il explique les choses de 500 façons différentes en même temps. Tel un joueur de basket acharné, il cherche sans cesse une ouverture, un passage, une brèche inattendue qui lui permettra de marquer un panier. Le ballon est une idée, l’anneau du panier un portail vers l’infini. C’est toujours un attaquant. Un intime de la beauté, ils se comprennent, se saluent mutuellement.

 

K : Tu étais signé chez le label SubPop de Seattle et à présent tu déniches de nouveaux talents pour eux. Ca te fait quoi ?
I.B. : Nous sommes une secte musicale dont le but ultime est de dominer le monde. Nos principes fondateurs sont la musique et le sexe. Mon initiation fut fastidieuse et brutale en termes de temps (elle a duré 19 heures) et quand je me suis réveillé à mon bureau dans mon box, des animaux des bois au visage humain me souriaient, le ciel était orange et j’ai reçu un t-shirt de Mudhoney. Et puis ma braguette était ouverte.

 

K : Carol et Humberto, les directeurs artistiques de KENZO, viennent de Californie et cet État de l’Ouest a été l’influence majeure pour toute la collection printemps-été 2014. C’est un endroit paradoxal, où les villes tentaculaires sont entourées de montagnes, de forêts millénaires et de l’océan. Quels aspects de la Californie te fascinent le plus ?
I.B. : Le soleil et son pouvoir séducteur, rajeunissant et la couche de lumière et de chaleur qu’il confère à la psychologie des gens. Les routes infinies et le smog quotidien, brûlant. La côte léchée par les vagues du vaste océan. Les femmes.

 

K : As-tu déjà habité à Paris ? Qu’en as-tu pensé ?
I.B : J’ai dû habiter à Paris dans une autre vie, je m’y sens bien, comme chez moi. Quand j’arrive là-bas, une autre partie de moi, ancienne, s’éveille, et je ne peux pas rester à l’intérieur, il faut que je sorte.

 

K : Quelle est la dernière chose que tu as vue, entendue ou sentie qui t’a ému ou stimulé ?
I.B. : Ma fille au téléphone, qui m’a dit : « bonjour papa ».