Tête à Tête avec Synchrodogs

Voici notre Tête à Tête avec les photographes ukrainiens de Synchrodogs qui ont réalisé pour nous la série "Spread Of The Week" autour de nos pièces rubans. Composé de Tania et Roman, le duo nous explique le choix de son nom ainsi que quelques anecdotes sur l'influence de l'Ukraine dans leur travail.

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KENZINE : D’où vous vient votre nom, Synchrodogs ?
SYNCHRODOGS : On a en nous quelque chose d’animal et d’assez canin, qui s’exprime en particulier dans notre comportement. D’où le mot « Dogs ». En même temps on se sent très proches l’un de l’autre, dans ce qu’on trouve beau ou laid : nos goûts et nos perceptions sont en quelque sorte « synchronisés ». Ces deux éléments mis ensemble donnent « Synchrodogs » et nous caractérisent bien.

 

K : Pouvez-vous nous parler de vos formations, de votre expérience ?
S : On est tous les deux Ukrainiens, autodidactes en photographie et en art puisqu’on est diplômé d’universités à vocation plutôt technologiques. Tania aurait dû être bibliothécaire ou archiviste et Roman aurait dû travailler dans la robotique. On a donc eu la chance que des amis nous mettent un appareil photo entre les mains et nous incitent à nous lancer dans la photographie !

 

K : Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?
S : Comme nous venons à la base de deux villes différentes, situées à huit heures de train l’une de l’autre, on remercie internet d’avoir rendu possible notre rencontre. En 2008, nous avions chacun une page sur un site communautaire de photographie pas terrible dans la catégorie « super-old-school », et c’est par ce biais qu’on s’est contacté. On a fait de la photo chacun de notre côté pendant un an avant de se rencontrer et on en était à peu près à ce même stade de « débutant ambitieux ».

 

K : Synchrodogs est un duo, qui fait quoi ?
S : Chacun de nous fait tout. D’abord, on trouve de nouvelles idées, puis on essaye de trouver des idées encore meilleures à partir des premières. On crée ensuite des accessoires et nous nous efforçons de trouver des lieux où nous pouvons prendre les photos. Entre temps, on parle un peu technique, genre cadrage et composition. Dans notre duo, personne n’est le modèle et nous sommes tous deux des photographes, même s’il est vrai que nous nous mettons souvent en scène dans les images. Il est plus facile d’expliquer à notre propre corps plutôt qu’à un modèle ce qu’il doit faire pour que la photo ressemble à ce que nous avons imaginé. Mais nous utilisons principalement cette approche lorsqu’on travaille sur des projets personnels.

 

K : En parlant de ça, avez-vous des projets solos ? Ou travaillez-vous avec d’autres artistes ?
S : Non, il n’y a pas d’œuvre d’art signée Tania Shcheglova ou Roman Noven, on fait tout ensemble sous le nom de Synchrodogs.

 

K : L’Ukraine est-elle une source d’inspiration ? Kenzo Takada a été profondément influencé par les cultures slaves dans les années 1980. Votre travail possède-t-il une dimension folklorique ?
S : Pour nous, l’Ukraine demeure un pays très tribal, aux modes de vie primitifs teintés d’un vague sentiment post-soviétique. Les gens veulent être à la mode, mais comme ils n’ont pas d’argent et qu’ils ne lisent pas de magazines de mode étrangers ils doivent faire preuve d’imagination pour tirer le maximum de glamour de leur petit budget. Cela crée pour nous une toile de fond  absolument unique : nous vivons dans un pays où une fille sur deux porte des talons hauts dorés pour aller acheter du pain dans la boutique d’à côté. Notre projet Misha Koptev est une bonne illustration de cette mode authentique.

 

K : Pouvez-vous expliquer le concept qui sous-tend votre édito pour la section « Spread of the Week » ?
S : Le concept de base était d’utiliser du matériel comme des nœuds, des empiècements, des tissus, des rubans et des broches, pour créer des looks s’inscrivant dans le prolongement de la collection KENZO automne-hiver 2013.

 

K : Vous mettez vos modèles dans des situations et des poses abstraites. Comment décririez-vous votre relation avec le corps humain, en général ?
S : Dans nos projets artistiques personnels, le rôle de l’humain est diminué, la personne représente quelque chose d’abstrait, quelque chose qui n’existe que dans le contexte de la nature, quelque chose qui interagit dans le contexte de l’univers. On prolonge ça aussi nos images commerciales où l’on préfère que le modèle ne soit pas trop glamour mais plutôt émouvant voire même parfois un peu gauche.

 

K : D’où vous vient cette obsession qui consiste à photographier des nus sur les rivages de lacs gelés ou dans la forêt, en plein hiver ?
S : On n’est pas non plus complétement obsédés par les forêts, mais c’est vrai que beaucoup de nos projets personnels ont un lien avec la nature, comme la série « Animalism, Naturalism ». On doit aussi admettre qu’on aime bien se déconnecter de la ville de temps en temps et se retrouver sans personne, sans immeuble autour de nous.

 

K : Quels sont les 5 lieux que vous conseillez de visiter en Ukraine ?
S : 1) La chaîne des Carpates et ses cimes enneigées.
2) La presqu’île de Crimée, sa nature sauvage, la mer et le jardin d’Eden de Yalta.
3) La ville de Lviv, avec ses monuments historiques et ses ruelles étroites.
4) Kiev, car c’est la capitale.
5) Louhansk et son ghetto, le pire d’Ukraine.