Tête à Tête avec Viktor Hanchmang

Il y a quelques mois nous avons demandé à Viktor Hachmang de développer des images pour illustrer tout un alphabet KENZO : 26 mots qui définissent notre marque, le Kenzopedia. Il nous a livré en retour une collection incroyable de dessins aux esthétiques extrêmement variées. 

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KENZINE: Vous avez repensé les 26 lettres de l’alphabet dans un style très Kenzo. De quelle lettre avez-vous préféré recréer le design ?
Viktor Hachmang: Je me suis bien amusé avec les lettres D (pour Delfina Delettrez) et J (pour Jean-Paul Goude). Comme ces lettres symbolisent les œuvres d’autres artistes, j’ai dû aller vers elles en quelque sorte. J’ai dû creuser un peu plus loin dans leurs formes pour trouver la matière qui viendrait nourrir mes propres dessins et j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire.


K: D’une manière générale, quelle est votre lettre préférée et pourquoi ?
V. H.: Du point de vue graphique, c’est forcément le Z. C’est une lettre qui a quelque chose de très beau avec ses angles inversés et son oblique centrale.

 

K: Êtes-vous devenu un expert en mots croisés après avoir autant joué avec les lettres ?
V. H.: Parfois, je dirais plutôt que j’ai joué aux lettres croisées. Mon intention était de cacher autant que possible le dessin principal de la lettre pour que la personne qui la regarde ne découvre la graphie que dans un second temps sous le graphisme. Et cela n’a pas toujours été simple…

 

K: Y a-t-il un alphabet qui vous inspire en particulier ?
V. H.: J’aime particulièrement les alphabets et les œuvres typographiques de Takenobu Igarashi. Il a cette manière bien à lui et très belle d’aborder les aspects techniques, formels et tridimensionnels des lettres. Le G et le X de mon alphabet sont des hommages à son travail.

 

K: Vous préférez travailler avec les lettres ou les chiffres ?
V. H.: Je suis plutôt mauvais avec les chiffres (pas très matheux), donc je dirais avec les lettres. 

 

K: Connaissez-vous une anagramme de votre nom ?
V. H.: J’aime bien « Caving Hark Moth » (littéralement : « spéléo, oyez, mite »).

 

K: Quel est votre jeu de mots préféré ?
V. H.: J’aime bien cette phrase palindrome en anglais : « A Toyota! Race fast... safe car: a Toyota » (littéralement : « Une Toyota carbure, une Toyota assure »).

 

K: Votre mot fétiche ?
V. H.: Oui.

 

K: Quelle est la ville qui vous inspire le plus ?
V. H.: En fait, j’aime beaucoup me balader dans la ville où j’ai grandi : La Haye aux Pays-Bas. J’ai atterri là par hasard et j’ai appris à aimer son étrange mélange d’architectures. On peut y voir d’incroyables immeubles art déco, quelques beaux exemples de bâtiments de la période Nouvelle Objectivité et plusieurs très beaux édifices postmodernes.

 

K: Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
V. H.: J’adore les bandes dessinées et notamment celles du dessinateur Pierre Clément, un véritable magicien. Ses ouvrages Les Souris et sa série Tralalajahal sont d’une grande poésie et d’une grande force. J’apprécie également beaucoup le travail des designers et illustrateurs comme Barney Bubbles, George Hardie ou encore d’autres noms sortis des studios NTA des années 1970. J’ai toujours une grande admiration pour les dessins et la qualité des motifs dans la tradition japonaise de l’ukiyo-e.

 

K: Votre typo favorite ?
V. H.: Je n’en ai pas vraiment. Pour moi, une typo doit accompagner un design ou une illustration et transmettre un message. Ce n’est pas une simple question d’esthétique. Mais si je devais en choisir une, ce serait la Gill Sans. J’aime le fait qu’elle soit très reconnaissable tout en restant modeste, élégante, classique et moderne à la fois.

 

K: Celle que vous aimez le moins ?
V. H.: J’ai une véritable aversion pour « les dernières typos à la mode ». On dirait qu’elles émergent tout d’un coup et sur tous les supports réalisés par des graphistes de seconde zone qui se veulent cool et « à la page ». En ce moment, on voit par exemple beaucoup de polices modernes sans empattement, aux a minuscules arrondis. C’est encore pire quand elles sont étirées verticalement.

 

K: Vous arrive-t-il d’avoir des cauchemars sur des designs médiocres et la police Comic Sans MS ?
V. H.: En réalité, je ne suis pas un détracteur de la Comic Sans, du moins pas farouche. Fort heureusement, je fais peu de cauchemars et lorsque c’est le cas, ils n’ont pas grand chose à voir avec le graphisme.

 

K: Alors, de quoi vos rêves sont-ils faits ?
V. H.: Quand j’étais enfant, je faisais souvent ce rêve étrange d’une femme jouant avec des cubes pour bébé. Si quelqu’un a une explication, je ne demande qu’à l’entendre.