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Antonio Lopez Publié le 24/04/2017

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“J’ai rencontré Antonio à l’école, au Fashion Institute of Technology de New York. À l’époque, j’étais très timide, gauche, et maigrichonne.”

Susan Baraz et Antonio Lopez au début des années 70

La collection KENZO été 2017 puise son inspiration dans l’héritage de l’illustrateur d’avant-garde Antonio Lopez. Ses dessins pour Vogue, Interview et le New York Times ont transposé les motifs romantiques et Art Déco dans un univers ludique et postmoderne, un style unique qu’il a utilisé pour explorer les thèmes du désir et du multiculturalisme. Ce mariage entre jubilation visuelle et utopies sociales fait écho à l’esprit de KENZO.
Célébrant la reprise des images de l’artiste sur les looks du défilé de l’été, Alice Neale photographie sa marraine, Susan Baraz (muse, mannequin et meilleure amie d’Antonio Lopez) autour d’un casting pensé comme une famille. Matriarche fictionnelle, elle transmet à cette filiation imaginaire ses souvenirs bien réels d’Antonio – brouillant ainsi les lignes entre photographie de mode, fiction et documentaire.

Découvrez la collection homme et femme

Susan Baraz et Antonio Lopez au début des années 70
Susan Baraz et Antonio Lopez au début des années 70
Croquis d'Antonio Lopez
Polaroid d'Antonio Lopez
Croquis d'Antonio Lopez

J’avais les cheveux longs et je portais une frange, pour me couper du reste du monde. J’étais complexée par ma bouche, que je trouvais trop grande, et je la cachais toujours avec la main quand je souriais. Il y avait une cafeteria où on passait de la musique. Les gens dansaient, mais moi je restais assise dans un coin parce que j’étais trop timide et que je ne connaissais personne. Et puis ce type est venu me voir et m’a demandé : “Tu danses ?”

Et puis il m’a demandé : « Pourquoi tu te coiffes comme ça ? Tu as un beau visage, tu devrais le dégager. Je veux le voir ». C’était Antonio. Il m’a entraînée en me tirant par la main. Et voilà, c’était le destin. C’est le moment qui a changé le cours de ma vie. C’était comme pénétrer dans un autre univers, et dans le regard d’un autre qui avait vu quelque chose de spécial en moi. Comment a-t-il réussi ? Je n’en ai pas la moindre idée, c’est un talent qu’il avait. Il n’a pas seulement changé ma vie, mais aussi celle de milliers d’autres personnes. J’ai eu l’impression d’entrer dans son monde. Danser avec lui, c’était mettre le pied dans son univers.

J’étudiais l’illustration de mode et lui aussi, dans la même école que moi. Tous les étudiants dessinaient les modèles du mieux qu’ils pouvaient, mais pour lui, les modèles n’étaient qu’un point de départ pour quelque chose de vraiment extraordinaire. Parfois, j’étais super fière de ce que j’avais fait et je jetais un coup d’œil sur son travail et là je me rendais compte du fossé. C’était juste incroyable, d’un tout autre niveau. Quand il jetait ses dessins, on allait les récupérer dans la poubelle, on voulait tout garder parce qu’on savait qu’il deviendrait célèbre.

C’était déjà une figure à l’époque. Quand il s’asseyait à côté de moi et que je dessinais sagement, il me disait : « Pourquoi tu te fatigues à dessiner alors que tu vas devenir mon modèle? »

Et moi, ça me faisait rire « Ha ! Ha ! Ha » Vous voyez ce que je veux dire. Hum, oui, ça me semblait irréel. Et évidemment, c’est exactement ce qui s’est passé, parce que je n’ai jamais réussi à percer dans l’illustration, alors que lui je savais qu’il allait y arriver. Et on dit que quand on n’a pas le talent, il faut fréquenter les gens qui en ont. C’est ce que j’ai fait, et j’étais ravie, non seulement d’être son modèle, mais aussi de travailler sur des concepts inédits, novateurs, que personne d’autre n’avait imaginés.

Nous nous amusions en permanence. Nous avions besoin de nous amuser avant de nous mettre sérieusement au travail. Alors on allait danser presque tous les soirs. Le FIT, c’était juste le début de toute cette époque.

C’était toujours une expérience très sensuelle de poser pour Antonio,. Même si parfois l’atelier était plein de gens qui allaient et venaient, nous partagions toujours une relation, disons très intense. Tout ce que je voulais, c’était tout lui donner, me mettre au service de sa création, de son dessin. C’était sexuel mais c’était comme ça. Il y avait une grande tension sexuelle, palpable. Parfois, c’était comme si je le sentais respirer en moi. Il avait ce je ne sais quoi… toutes celles qui ont posé pour lui vous diront la même chose. Il prenait des inspirations très profondes pour aller chercher quelque chose au fond de lui, qu’il faisait ressortir sur le papier avec son crayon, son stylo, son outil.

Toutes les filles qui ont posé pour lui étaient complètement folles de lui, même celles qui avaient un copain.

Quelle que soit la tenue qu’on portait, elle devenait merveilleuse sous son trait. Au point qu’un jour, je me souviens que Bloomingdales a appelé à propos d’une publicité de lingerie que j’avais faite avec lui. Le résultat était vraiment incroyable. Mais quand la femme est venue pour acheter ce qu’elle avait vu, elle s’est vraiment énervée : « Mais ça ne ressemblait pas du tout à ça » et c’était vrai, le dessin était mille fois plus beau que la réalité.

On a beaucoup travaillé pour les pages mode du Times. Très souvent, on ne s’y mettait pas tout de suite, on le faisait au dernier moment parce que ça m’amusait beaucoup de sortir en portant les tenues qu’on était supposés dessiner. Au Times, ils avaient un dressing plein de chaussures, d’accessoires et de trucs fabuleux. Alors je, enfin… il me maquillait (rires), on s’habillait et c’était exactement comme dans Cendrillon. Je veux dire, je portais une robe de soirée sublime et on restait parler jusqu’au petit matin après avoir dansé toute la nuit dans les clubs new-yorkais. Et puis il fallait se changer, ranger la robe et les chaussures, les rendre au Times, et revenir à la vie normale, prendre le métro pour rentrer à la maison.

Qu’est-ce qu’on s’amusait ! Et on n’avait même pas besoin de drogues ! Personne n’était vraiment là-dedans. Nous menions une vie tellement excitante ! Nous étions au bon endroit, au bon moment. On s’éclatait. On se sentait totalement libres. Une liberté d’expression totale. Rien n’était impossible. Il n’y avait aucune limite. J’avais la chance de côtoyer quelqu’un qui profitait vraiment de cette liberté, qui lui rendait hommage. Je veux dire, il était tellement créatif, à tous les niveaux, que, euh, vous savez, ça fait ouvrir les yeux de voir le monde, d’envisager la vie sous cet angle. J’ai beaucoup de chance d’avoir vécu ça. Et puis…

Vous savez, c’était une relation très fusionnelle. Jusqu’au bout. En fait jusqu’à la toute fin.
Son tout dernier dessin était de moi.

Photographe : Alice Neale
Styliste : Victoire Simonney
Mannequins : Susan Baraz, Kendall @ Nous Model Management, Leila Rahimi @ Wilhelmina, Jake Alan @ Ford Models and Kamran Dhillon.
Maquillage : Stacey Nishimoto et Natalie Fält
Coiffure : Stephen Beaver
Assistants Photographe : Bardley Barnes et Robbie Coral
Assistante Styliste : Virginia Fontaine
Casting : Cast Partner
Retouche : Touch Digital
Produit par Slowdance

Merci à Susan Baraz, Robert Berman and ROBERT BERMAN GALLERY and Isabella Cassini.

notempty